Cornered perso

Chapitre 2.

Il sortit de la voiture : il était enfin arrivé, après quelques heures de trajet qui lui avaient paru interminables. Comme s’il était pressé de retourner au travail. La chaleur massive du ciel pollué lui tombait déjà sur le crâne. Mais il profitait de cette chaleur pour se remettre en accord avec la ville, la reconsidérer dans une ultime contemplation. Elle avait changé.

La façon dont un paysage urbain évolue selon le temps qu’il fait est remarquable, pensait Jowd. Le décor de la ville, légèrement flouté par sa lumière pesante, ressemblait à un tableau impressionniste, en opposition totale avec son image froide et fixée de l’hiver, dans laquelle le moindre détail était visible, dès que l’on ouvrait l’oeil. Ce nouveau temps modifiait toute une ambiance. Aux yeux de Jowd, c’était comme une renaissance. La ville était enfin à son image. Il  n’y avait plus ce décalage entre Elle et lui. Ce qui l’avait poussé à partir pour prendre des vacances, c’était la ville et son climat, mais aussi lui-même.  Au fond de lui, il sentait qu’il n’arrivait plus à assumer son travail. Devant ses yeux, la corruption se glissait entre chaque personne plus vite qu’une décharge électrique. Il devait s’y plier. C’était le métier, et il n’avait pas réussi à l’assumer. Maintenant qu’il était de retour, il se sentait prêt à prendre la charge de son travail dans une insouciance totale, voire un certain cynisme.

Il observait tous les gens qu’il croisait dans la rue – vieille habitude d’inspecteur, sans doute. Il se demandait toujours si ces mêmes gens le regardaient,  lui accordaient ne serait-ce qu’un peu d’attention. Leur physionomies étaient exaltées. D’un côté, des personnes qui déménageaient dans l’ombre éternelle d’une ruelle rafraichissante donnant sur le boulevard, accompagnées d’un vieux bonhomme en chemise qui suait des fontaines, en essayant de faire rire son entourage par des farces douteuses. De l’autre côté, des adolescents qui jouaient au foot devant la porte de leur collège. Plus loin, des hommes d’affaires éparpillés sur le long du boulevard, qui portaient tous le même costume, qui tenaient tous la même mallette, et qui marchaient tous vite et nerveusement, sans doute pour se donner une image importante.

Jowd était assis sur un petit banc au milieu de cette foule infinie. Il observait tous les gens qui passaient devant lui, et essayait de leur composer une vie à partir de leur simples traits physiques. Quant à eux, ils ne le remarquaient même pas. Ils ne remarquaient rien. Il faisait beau ; mais ils ne tireraient rien d’une telle atmosphère. Il faisait beau, voilà le seul souvenir qu’ils allaient avoir de leur journée. Parce qu’ils n’observaient pas. Ils ne sentaient pas les choses, ils ne prenaient pas le temps de s’arrêter pour s’imprégner de cette ambiance. C’était pourtant si simple…

- J’aime pas les gens, murmura Jowd, comme s’il parlait à un être mystique représentant tout ce qui l’entourait.

Finalement, il se leva. Il devait aller au commissariat : une nouvelle mission l’attendait.

 

 

Journal du 4 mars.

Les gens sont cons. Pas que je me considère comme un génie, mais je méprise mon entourage. Vous comprenez, n’est-ce pas ? Je peux pas les supporter. Tous ces moutons qui recherchent en vain leur individualité perdue dans les excréments pompeux d’un porte-parole. Vous n’avez pas l’air de me comprendre. Je ne vois pas comment je pourrais mieux vous l’expliquer, bon sang ! Cette putain de sensation qui me prend sans prévenir à chaque fois, en plus de ce mépris existentiel, c’est ça qui me pousse à trouver quotidiennement un bouc-émissaire pour résoudre mes maux ! Mais ce n’est jamais assez. J’ai toujours besoin de plus ! Pourquoi ? Serait-ce une addiction ? … Peu importe. Le monde est pourri, de toute façon, et même ceux qui le représentent n’ont rien compris. Je suis le seul à comprendre l’Homme. Et j’emmerde bien l’opinion publique. Avec les toutes les conneries qu’elle a déjà vanté, je vois pas pourquoi je devrais la suivre en me rangeant dans ses rangs, en respectant ses règles. C’est comme cela qu’on retrouve l’essence même de notre individualité, oui : en étant en décalage permanent avec les autres.

… [Fiction]

Journal du 2 mars.

Je me suis décidé. Décidé à transcrire par écrit cette sensation, cette unique sensation qui fait peut-être ma faiblesse et surtout ma force, qui marque mon isolement et ma différence.

Comment décrire cette sensation si unique ? C’est un bruit sec, répété. Comme un frottement. A chaque fois que j’entends ce bruit, ou plutôt que mon âme l’imagine, le perçoit et s’en imprègne intégralement, j’ai toujours cette singulière impression, qui est d’entendre dans une imagination incontrôlée, ce bruit de fond, sec, se caractérisant comme étant l’action infiniment répétée d’un frottement particulier sur ma peau. Je ne sais pas d’où vient cette sensation ; peut-être d’un évènement traumatisant que je me suis efforcé d’oublier, mais qui aura laissé une trace qui ne périra jamais dans mon esprit ? Le fait est que je ressens ce truc, parfois, sans aucune raison. Et alors je deviens dingue, mon comportement n’a plus rien de ce qu’on pourrait qualifier de rationnel. Et c’est à ce moment précis que je fais des choses que les autres jugent mal. J’ai eu du mal à vivre avec cette folie que j’arrive à maîtriser comme un démon au fond de mon cœur, mais je suis parvenu à m’accepter, et à me convaincre d’une chose : l’Homme n’est pas fou pour son comportement, mais plutôt pour la définition qu’il en tire, pour ses jugements – tout compte fait, l’Homme est fou parce qu’il pense.

Est-il cynique et égoïste de défier le monde, de justifier ses actes par son isolement plutôt que par sa faiblesse ? Peu importe. Je suis un type normal, qui sent les choses, qui vit et qui profite. Je suis pas un de ces serial-killers stéréotypé, aussi sensible qu’un robot, qu’on peut voir dans la littérature moderne. Ma différence se marque par cette simple sensation, une sensation qui vient de nulle part, que je suis le seul à ressentir, et qui dépasse toutes mes capacités, qui me rend fou. Cela ne me déplaît pas. Tout simplement parce que ce que j’arrive à faire, et à ressentir par la même occasion, quand cette folie prend le contrôle de mon corps, se définit par un orgasme spirituel.

Pour faire simple, cette sensation étrange me pousse à tuer. Et j’aime ça. J’en ai conscience, je justifie mes actes pour me rassurer (sans doute inutilement) et défie le monde à chaque fois que j’y pense tout en l’appréciant dans ma vie en société. D’ailleurs, si j’étais immoral, je n’aurais pas à dissimuler mes « crimes ». J’aime ma vie, et tuer me permet de boire celle des autres, de la fuser dans mon âme pour pouvoir dépasser les capacités humaines. Je me rends compte que finalement, ma vie de tous les jours ne ressemble qu’à une vague illusion immatérielle et peu excitante. Ce qui me permet de me sentir réellement vivant, c’est l’assassinat.

Petit exercice.

Quelqu’un m’a demandé, il n’y a pas longtemps, si j’étais pour ou contre la peine de mort. Dans l’immédiat j’ai répondu brèvement, mais maintenant que j’ai rassemblé mes idées, je vais pouvoir les accoucher sur papier en bonne et dûe forme.

Alors, commençons directement par la réponse à la question : Je suis contre la peine de mort. Ce n’est pas réellement quelque chose qui me préoccupe, d’ailleurs si j’écris en ce moment-même ce petit article, c’est tout simplement pour mettre à l’épreuve ma capacité d’argumentation ; j’ai confiance en elle mais elle a tendance à se perdre un peu ces derniers temps. Je pourrais donc dire, sans vraiment mentir, que je me fiche totalement que cette peine existe encore dans certains Etat ou non. D’ailleurs, j’aurais pu être influencé par les personnes qui m’entourent, parce qu’effectivement la peine de mort est abolie depuis un certain temps en France et que la plupart des gens répondent qu’ils sont contre, certains sans réellement savoir pourquoi. Je vais tout de même essayer de rester le plus objectif possible dans mes propos, tout en sachant pertinemment que, si j’étais dans un Etat n’ayant pas encore aboli cette peine, mon avis divergerait peut-être.

Avant de dire pourquoi je ne suis pas en faveur de ce châtiment infligé aux dits criminels, autant donner ma propre définition de celui-ci. Et elle se résume,  la plupart du temps, telle quelle : Une immoralité infligée à une personne immorale, mais considérée comme étant légale. Le terme d’ « immoralité » est, je vous l’accorde, subjectif, c’est pourquoi nous allons pour le moment nous intéresser à la fonction légale de la chose. Qu’est-ce qu’une chose légale ? Une loi. Et j’ai une citation de Montesquieu en tête, sans doute la seule que je connaisse, qui me paraît effroyablement juste : Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi, mais elle est loi parce qu’elle est juste.

Objectivement, c’est une chose vérifiée et approuvée par la quasi-totalité de la population. Voire la totalité, si on ne compte pas les adolescents de trente ans attardés et regardant encore « Mon Petit Poney » (oui, cette référence n’a pas été prise au hasard. Elle est horriblement juste, pour beaucoup de monde.). Cela supprime donc, et ce sans retour, l’argument pouvant être utilisé par les plus simplets du genre, à savoir : « Je suis pour la peine de mort, parce que c’est une loi qui n’a pas encore été abolie. »

Bien heureusement, il en existe des plus coriaces. A commencer par ceux qui comparent la prison à pépétuité et l’exécution. A l’oral, voilà ce que ça donne en général : « La peine de mort est justifiée, étant donné qu’elle est un châtiment moins cruel et moins agonisant que la prison à perpét’ ». Le problème directement remarquable dans cette phrase, c’est sa subjectivé à son paroxysme ; dire que la prison à vie est un châtiment plus cruel que l’exécution est une pensée personnelle, loin d’être partagée par une majorité. Cependant la remarque vaut que l’on s’y arrête, et pour cela il suffit de répondre calmement à votre interlocuteur qu’il/elle ferait mieux de réfléchir à quelle décision il/elle prendrait si on lui proposait d’un côté la peine de mort, et de l’autre l’emprisonnement à perpétuité. Pas besoin d’être hypocrite : entre nous, nous savons tous que la grande majorité choisira l’emprisonnement.

Nous en arrivons donc à l’argumentation principale ; c’est-à-dire le fait que la peine de mort est un paradoxe sans équivoque. Le  fait de tuer une personne sans sa volonté est bel et bien un meurtre, et tout le monde de raisonnable s’accordera sur ce point. Un meurtre est un crime, et un crime est sensé être puni par la loi. Théoriquement, l’exécution, et donc la peine de mort est donc bel et bien un crime. Un crime justifié par le fait que la personne tuée était « immorale ». Mais vous connaissez bien le jeu : tout le monde finit par se mettre du sang sur les mains, chacun son tour. Je n’hésite donc pas à dire que dans une situation lambda pour une affaire de meurtre, l’éxecuteur du coupable n’est pas plus raisonnable, ni même moral, que celui qu’il tue. Il y a donc un paradoxe crevant les yeux au sein même de la loi, dans certains Etat : punir le meurtre par le meurtre. A propos, cela me rappelle quelque caricature que j’avais vue sur le net il n’y a pas longtemps ; on y voyait une exécution en chaîne, les uns tuant les autres pour avoir commis un meurtre, ainsi de suite.

Bien sûr, je n’ai pas étendu le sujet aux cas de viols ou de pédophilies. Mais au final, le résultat reste le même : c’est un crime qu’on commet en tuant la personne coupable de n’importe quel acte. Si ce n’est pas le cas, une nouvelle loi devrait alors être inventée ; à savoir qu’il n’y a pas à punir les hommes ayant tué les plus gros enfoirés. Cela effacerait sans doute le paradoxe de la peine de mort… Mais est-ce que cela rendrait la justice meilleure ? Personnellement, je n’ai pas besoin d’y réfléchir bien longtemps.

Illusion sanglante

Illusion sanglante

Chapitre 1 :

15 Janvier 2012.

Tout est si morne. Ce monde est pourri. C’est la seule et unique raison qui peut expliquer ce que je fais, parce qu’il faut bien que j’en trouve une. Les autres disent que c’est mal. Mais je me demande pour qui se prennent les Hommes pour pouvoir juger de ce qui est bien ou mal. Moi, je trouve que c’est un très bon divertissement. Et cela fait longtemps qu’ils me recherchent. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que tant qu’ils garderont cet esprit ils ne m’attraperont pas. C’est moi qui mènerai la partie, jusqu’au bout. Pourquoi rester comme tous les autres ? Ce monde est sans surprise, on a vite fait de connaître notre futur… Si on suit les autres. Et la meilleure façon de ne pas connaître son futur, et donc de profiter de la vie, c’est justement de se détacher d’eux et de leurs mœurs. C’est une des choses essentielles que personne n’a compris, depuis le début des temps. Moi, ça me fascine. J’ai besoin d’eux. S’ils ne me cherchaient pas, je me demande bien ce que je ferais de ma vie. Je ne préfère pas m’imaginer vivre autour de tous ces moutons. J’écoute la Sonate au Clair de Lune, de Beethoven. Je me demande ce qu’il avait dans la tête, ce type. J’aurais bien aimé lui parler. Peut-être parce qu’il était à moitié fou. Non. Nous ne sommes qu’une matière physique dans cet univers. Le bien et le mal n’existent pas, tout sentiment et terme est illusion. Il faut voir plus loin que ça. Et moi, j’y suis arrivé. En tuant.

Corruption contagieuse

De Joachim Gybely

 

Chapitre 1 :

L’hiver à Paris est infernal. Il fait froid, les jours sont courts et les gens fatigués. Si fatigués que leur physionomie ne change pas d’un pouce entre le mois de novembre et de décembre. Leurs visages restent figés, glacés par le froid implacable de la saison, dans le métro pour aller travailler comme dans leur vie commune. Une sorte de « métro, boulot, dodo » répétitive pour chaque personne qui ne pense finalement qu’à survivre pendant cette période de l’année. On pourrait presque dire que ces gens-là auraient mieux fait d’hiberner pendant toute la saison, et c’est précisément ce que se disait Jowd quand il devait se lever tous les matins pour venir bosser au commissariat central et qu’il voyait toutes ces têtes d’enterrement pendant la journée. Ce dernier essayait de garder une expression faciale à peu près acceptable tout le temps pour oublier le calvaire de la banalité et se convaincre lui-même qu’il ne vivait pas tout le temps le même jour. C’était donc une période vide où rien ne se passait de bien palpitant, même au commissariat : C’était comme si les délinquants eux-même étaient fatigués de continuer leurs petits boulots. Jowd aurait bien aimé une nouveauté, une véritable affaire sur laquelle travailler, même s’il regrettait cette pensée qui impliquait bien souvent un crime majeur, pour ne pas dire un meurtre. S’il était devenu Inspecteur de Police, c’était premièrement parce qu’il devait faire tout son possible pour éviter ce genre de choses. Il avait eu une enfance difficile, ce qui avait développé son sens de la justice. Mais il avait aussi besoin d’adrénaline, surtout par des temps pareils, et il le savait, notamment quand il rentrait de son travail le soir et qu’il entendait la télévision de son voisin cracher des vieux nanards américains… C’était la cerise fade sur le gâteau sans saveur. En ce moment il avait besoin de combler son manque de sociabilité en aiguisant sa lame, qui lui permettait de traquer le mal qu’il avait vu si souvent de par une expérience de quinze ans dans la police. Ce soir-là, il n’arrivait pas à dormir et sortit dehors pour s’aérer l’esprit. Il se promenait dans les rues de Paris, plus particulièrement la rue Mouffetard qu’il appréciait par sa rupture avec les patés de nouveaux logements en béton et sans intérêt qu’on trouvait partout ailleurs, elle avait un charme particulier qu’il ne savait expliquer. Il se sentait calme et serein, sans que ses pensées soient interrompues par quelconque bruit incessant de la ville. Il était en train de se demander si la notion de silence et de tranquillité se posait encore dans la société d’aujourd’hui, quand son téléphone portable sonna. Il s’était lui-même pris au piège en l’amenant avec lui, et avait la réponse à sa question en décrochant ce dernier.

-          Enzo Jowd à l’appareil.

-          Ah ! C’est comme ça que vous répondez au téléphone, vous ?

-          … Comment suis-je sensé répondre ?

-          J’sais pas… Les gens normaux disent normalement « allô », tout simplement. Mais je crois pas qu’on peut vous ranger dans cette catégorie.

-          Faut croire. Bon, mais j’aime quand même bien savoir à qui je parle en général.

-          Ah ouais, au temps pour moi, mec. Je croyais que t’avais reconnu ma voix. Alors si ça peut te faire plaisir, « Fred Stayn à l’appareil, sergent ! »

 

Frédéric Stayn était un inspecteur au même grade que Jowd et qui travaillait dans le commissariat central. Jowd ne lui avait jamais vraiment parlé et ne l’aimait pas trop ; pour lui, c’était seulement un bureaucrate qui cherchait désespérément à monter son grade, alors qu’il était déjà assez qualifié dans le domaine de la police.

 

-          Alors, qu’est-ce qui se passe ? Comment vous avez eu mon numéro ? Lui demanda Jowd.

-          C’est le chef Bazil qui me l’a filé. J’crois bien qu’on vient de choper le gros lot, Jowd. Tu devrais venir voir ça, c’est un véritable spectacle.

-          Eh bien, ça risque d’être un peu compliqué si je ne sais pas où je suis sensé aller.

-          Au panthéon. Juste devant. On t’attend, tu ferais mieux de te grouiller avant que la ruche n’arrive.

-          Ok. A toute à l’heure.

Même si Stayn avait tendance à en rajouter, les expressions qu’il avait utilisé lui affirmaient que ce jour-là allait enfin se différencier des autres. Jowd ne se réjouit pas pour autant parce qu’il avait compris que c’était très certainement quelque chose de morbide qui l’attendait, « un véritable spectacle » comme disait Stayn. Il ne prit pas la peine de venir en transport, cela lui aurait fait certainement perdre plus de temps qu’à pied. Il arriva au Panthéon en quelques minutes. Il était encore tôt, et il voyait déjà quelques flics devant l’impressionnant édifice. Il avait vécu à côté, dans la rue St Jacques dans son enfance, quand les prix pour habiter à Paris n’étaient pas encore exorbitants. Il s’était souvent rendu sur la place du Panthéon, une grande aire devant le bâtiment qu’il appréciait particulièrement. En arrivant, il vit des inspecteurs généraux du commissariat central où il travaillait lui-même, et il les reconnaissait tous, notamment Stayn. Ils étaient regroupés et se fondaient dans l’obscurité de la nuit. Il y avait aussi d’autres voitures de police dans les alentours. Il vit aussi le commissaire de police, Maxence Bazil. Il les salua rapidement puis porta directement son attention sur la scène. C’était en effet un joli spectacle : Un homme littéralement attaché à un des piliers qui soutenaient la masse qu’était le Panthéon. Il avait été attaché avec une corde qui faisait le tour du pilier, et il avait un trou dans le front, signé par un impact de balle.

-          C’est pas beau à voir, dit Loana, une collègue de bureau de Jowd en se tenant derrière lui.

-          Ce type me dit quelque chose, se contenta de répondre Jowd.

-          Le cadavre que vous avez devant vous est celui de Benjamin Dray, dit Bazil qui n’avait pas bougé de l’endroit où il se tenait depuis que Jowd était arrivé.

-          Putain ! Encore un bon type qui y passe ! S’écria Stayn. J’sais pas vous, mais ça me fout les boules de voir un truc pareil dès le matin !

-          Stayn, vous faites bien partie de la police ? Répliqua Loana qui regardait ce dernier d’un air mauvais.

Jowd acquiessa sans même s’en rendre compte.

-          En tout cas, avec une victime pareille, cette affaire risque de faire du bruit, ajouta Bazil.

-          On va pas le détacher, ce pauvre type ? Demanda Stayn.

-          On ne touche à rien pour le moment, répliqua le commissaire. Comme vous pouvez le constater, on est parmi les premiers à être arrivés sur les lieux parce qu’un appel anonyme a été passé au commissariat, signalant avoir vu un corps ce matin très tôt, en passant à côté du Panthéon.

Le fait que l’appel était anonyme était assez suspect. Jowd savait que les deux inspecteurs à ses côtés pensaient exactement la même chose que lui.

-          … Donc, on attend les légistes et la préfecture de police pour pouvoir avoir l’autorisation de détacher le corps. Préparez-vous, parce que ça va sûrement pas tarder à grouiller de flics. Sans compter qu’il ne m’étonnerait pas que les médias soient bientôt informés.

La ruche allait bientôt arriver, et c’était compréhensible étant donné que la victime était un procureur. Et pas n’importe lequel qui plus est ; il avait beaucoup fait parler de lui dans les médias depuis le début de sa carrière et certaines rumeurs couraient sur lui au rang de la police, des rumeurs liées à la corruption comme il y en avait tant au sein de la justice. La mort de Benjamin Dray n’allait pas tarder à faire la une des journaux, c’était inévitable, et c’était certainement le pire qu’il pouvait arriver pour un inspecteur. La police de haut grade pouvait contrôler les médias, mais seulement jusqu’à un certain point. Et quand les médias intervenaient, si un seul faux pas était commis pendant l’enquête, même s’il était justifié pour faire avancer celle-ci, le fait que cela soit recraché dans les journaux ou à la télé, voire aux deux, n’était pas une bonne chose. Benjamin Dray avait été assassiné et ça, c’est ce qui allait réveiller tous les bureaucrates au sein de la police ainsi que tous les journalistes, pendant cet hiver où rien d’important ne s’était passé jusque là.

-          Ecoutez, reprit Bazil, il y a de fortes chances que nous soyions en charge de cette affaire. Et si vous voulez pas que tout vous pète au nez, vous savez ce que vous avez à faire. Soyez le plus raisonnable possible.

Il avait prononcé cette dernière phrase en regardant Jowd : Il savait que même s’il était un très bon inspecteur, qui plus est chevronné, celui-ci n’hésitait pas à prendre n’importe quel risque pour découvrir la vérité. La justice était une bonne intention, mais mal utilisée par les hommes. C’était ce que se disait tout le temps Jowd, et la seule avec qui il pouvait réellement en parler dans cette équipe d’inspecteur était Loana.

-          Bien, alors on attend que tout le tralala de l’équipe scientifique ainsi que ces types de la préfecture arrivent pour pouvoir commencer à jeter un œil ? Demanda Stayn, qui affirmait plus sa mauvaise humeur qu’autre chose.

-          Exactement. Ils devraient arriver d’un moment à l’autre, je vous ai appelé en avant pour vous mettre en situation.

Ils attendirent quelques minutes en silence, Jowd s’écartant du groupe pour observer quelques autres officiers de police du commissariat qui étaient sur les lieux. Pour lui, l’enquête commençait dès qu’il avait vu la scène du crime. Il ne fallait pas perdre de temps et c’était pourtant ce qu’avaient trop tendance à faire les hauts fonctionnaires de la police, trop prudents par rapport à leur grade et réputation, qui passaient avant la véritable recherche du coupable. De ce qu’il voyait, il n’y avait apparemment rien de suspect quant aux policiers qu’il observait, ni même au sein des inspecteurs qu’il côtoyait. Dans son métier, Jowd avait appris à ne faire réellement confiance à personne : tout pouvait se retourner contre vous à n’importe quel moment. Il projeta donc son attention vers la scène du crime en elle-même. Une balle dans la tête n’était pas une méthode de tueur psycopathe, mais plutôt de tueur froid et préparé voulant en finir le plus vite possible avec sa victime. Pour autant, attacher cette dernière n’avait aucune utilité à première vue et ne faisait que faire perdre du temps à l’assassin, d’autant plus que c’était assez extravagant. Ces deux faits dans le meurtre se contredisaient et cela le perturbait. Il savait qu’il allait devoir attendre d’obtenir plus d’informations avant de continuer à réfléchir sur ce point.

Quelques minutes plus tard, d’autres voitures débarquèrent en masse, et il n’y avait encore aucune trace des médias, ce qui arrangeait la chose. Parfois, on appercevait des couples de gens qui sortaient probablement de soirée passer devant les bandes de police avec un air intrigué. Des voitures de la police judiciaire s’arrêtaient devant la place et le préfet de police sortit de l’une d’entre elles. Il se dirigea directement vers le commissaire Bazil et les inspecteurs qui l’entouraient, et ordonna d’un geste de la main aux membres de la de l’analyse et de la coordination de détacher le corps et de l’examiner. Il était le chef de toutes les opérations et le faisait savoir. On entendait déjà des bruits de téléphone et des discussions entre policiers incessantes. C’était comme ça que commençaient les fuites vers les médias ; plus il y avait de personnes pour garder un secret moins celui-ci était efficace.  Le préfet s’adressa directement au commissaire sans même jeter un œil aux trois autres inspecteurs dont faisaient partie Jowd.

-          Vous n’avez touché à rien ? Demanda-t-il.

-          Rien, comme promis, lui répondit le commissaire.

-          Parfait. Veuillez rester ici pendant un petit moment pendant que mes hommes font leur travail. Quand ils auront fini, j’autoriserai vos inspecteurs à jeter un œil sur le corps. Ce seront certainement eux qui seront en charge de l’enquête alors j’espère qu’ils savent ce qui les attend.

Jowd n’aimait pas l’attitude que prenait le préfet. Il se tenait juste en face d’eux mais ne leur adressait même pas la parole. En un rien de temps il avait réussi à cerner le personnage et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne lui plaisait pas.

-          Le ministère de l’intérieur a bien précisé que cette affaire concernait le commissariat central de la police nationale, ajouta-t-il. Nous vous aiderons seulement dans le point de vue juridique de celle-ci, pour ne pas que vous soyez obligé de passer par un juge pour obtenir des permissions.

-          On prend le risque que tout nous pète au nez pendant que vous excitez les médias, murmura Jowd.

Heureusement, personne ne l’avait entendu. Il savait seulement que malgré ce que le préfet leur disait, ils n’auraient pas toute la liberté souhaitée dans cette enquête. Passer par un préfet plutôt que par un juge pouvait même s’avérer plus compliqué, et il le savait. Il savait aussi que ce dernier voulait participer à cette affaire parce qu’elle était importante, sans pour autant prendre les risques qui rapportaient le moins. Jowd devinait déjà les grandes conférences de presse que donnerait ce genre de type.

Un légiste arriva derrière eux et prit la parole.

-          Monsieur, nous avons pris les photographies et mesures nécessaires, nous allons pouvoir emporter le corps pour mieux l’analyser.

-          Bien, dit le préfet, dans ce cas, laissez tout d’abord ces trois inspecteurs jeter un œil à celui-ci. Ensuite, vous pourrez embarquer le corps.

-          Très bien. Si vous voulez bien me suivre…

Jowd, Loana et Stayn s’approchèrent du corps et commençaient à l’analyser. Jowd remarqua dès le début que la victime tenait quelque chose dans la main. Il vit que c’était un bouton de chemise qui s’y trouvait. Il se demandait pourquoi. Après avoir brièvement regardé le corps et les poches de la victime, ils revinrent vers le commissaire Bazil.

-          Bien, commença ce dernier, à partir de maintenant c’est vous qui êtes en charge de l’enquête. Je pense que d’autres officiers vont s’occuper de faire la fouille complète du corps avant que celui-ci ne soit emmené pour l’autopsie, nous vous préviendrons de chaque élément trouvé sur la victime. Jowd, étant donné que c’est vous qui avez le plus d’expérience dans la police, je vous recommande de prendre en main les opérations et de faire bien attention à ce que votre équipe ne se mêle pas aux médias.

Jowd acquiesca.

-          Et maintenant, on fait quoi ? Demanda Stayn.

-          Maintenant, l’un d’entre vous se dévoue pour aller voir la famille du défunt et lui annoncer la nouvelle, et ensuite vous allez me faire le plaisir de rentrer bien sagement chez vous jusqu’à ce que je vous envoie par mail les informations qui vous permettront d’enquêter.

Avant de se séparer, les inspecteurs faisaient le point sur ce qu’ils avaient vu et ce qu’ils pensaient de l’affaire jusqu’à présent.

-          Moi je vous le dis, c’est forcément un putain de psycopathe qui a fait le coup. Si c’était un type normal, il aurait jamais perdu son temps à attacher Dray, dit Stayn.

-          Je dois admettre que je suis d’accord, répondit Loana. Mais de toute façon, on en sera certainement plus quand on aura plus d’informations sur la victime.

Jowd se contenta d’acquiescer, même si ce dernier n’était pas totalement sûr que ce meurtre était l’œuvre d’un psycopathe. La balle dans le front était plus significative d’une mort rapide et sans souffrance, même s’il est vrai que si l’assassin voulait en finir vite il n’avait pas de raison d’attacher la victime… A moins qu’il voulait qu’on pense justement que c’était l’œuvre d’un psycopathe, mais ça paraissait un peu trop tiré par les cheveux. Il devait y avoir une explication pour justifier cette contradiction. Mais encore une fois, ils n’en savaient pas assez et ils devaient attendre.

Jowd, étant nommé dirigeant de l’enquête par le commissaire, prit lui-même la peine d’aller annoncer la nouvelle à la famille de la victime. C’était assurément quelque chose que tout être humain ne pouvait pas aimer faire, mais il en était bien obligé. Loana lui proposa de l’accompagner mais il lui répondit qu’il allait bien se débrouiller tout seul. Bazil leur avait donné l’adresse de l’appartement de Dray, et celui-ci n’habitait pas très loin, au boulevard Montparnasse, ce qui permettait à Jowd de ne pas prendre de transports, encore une fois. Il fut reçu par sa femme et lui annonça la nouvelle rapidement. Bien sûr, elle tomba en pleurs et il lui annonça ses condoléances, puis essaya de lui poser quelques questions qui auraient pu lui être utile. C’était aussi pour ça qu’il s’était dévoué à prévenir la famille.

-          Mme Dray, dit-il, je suis sincèrement désolé, mais j’aimerais en profiter pour vous poser quelques questions. Comprenez bien que si vous y répondez, vous nous aiderez à trouver l’assassin de votre mari.

-          Très bien, inspecteur, répondit la pauvre femme, après s’être essuyé les larmes.

-          Bien. Pour commencer, j’aimerais savoir à quelle heure votre mari rentrait du travail, en semaine ?

-          Eh bien… En ce moment, il était sur une affaire apparemment assez importante et rentrait donc plus tard du travail.

-          Une affaire importante ? Pourriez-vous me donner plus de détails ?

-          J’ai bien peur que non… Il en entendait tellement parler ces derniers jours qu’il n’avait même pas envie de m’en faire part.

-          Je vois… Et vous, vous ne vous êtes pas demandée ce que c’était que cette affaire ?

-          Eh bien, cela ne faisait que depuis trois ou quatre jours, depuis le début de la semaine… Et avec mon travail je n’ai pas encore eu le temps de me renseigner…

-          Est-ce que M. Dray est rentré du travail, hier ?

-          Non. Il restait jusqu’à très tard dans son bureau… Et quand il est sorti… C’est à ce moment-là que…

Elle retomba en pleurs, et Jowd estimait que cela suffisait. Il la remercia, lui ordonna de ne pas parler de cette affaire autour d’elle et s’en alla sans essayer de la consoler. Ce qu’il venait d’entendre était suffisant. Il prit son portable et appela Loana Jayne.

-          C’est toi, Jowd ?

-          Oui. Loana, j’ai besoin de toi pour une petite recherche sur Dray. Dis-moi simplement si ces derniers temps, il avait une grosse affaire.

-          Très bien, je te fais ça. Tu m’expliqueras pourquoi après.

Elle raccrocha. C’est ça qu’il aimait chez elle, le fait qu’elle faisait les choses sans poser de question pour ensuite récolter les informations. C’était tout le contraire des journalistes. Jowd l’avait appelé parce qu’elle était passée prendre des informations sur Dray au commissariat, concernant ses affaires. Il y avait un casier où les différentes affaires des procureurs et avocats ayant déjà travaillé avec le commissariat central se trouvaient. Elle pouvait en profiter pour regarder si ce procureur avait une affaire sur le feu en ce moment. Jowd, quant à lui, en profita pour rentrer par la Rue Mouffetard, déjà animée en ce début de journée, pour ensuite remonter vers chez lui, au boulevard St Marcel. L’avantage de son appartement était qu’il n’entendait pas les bruits de la ville, et que ses voisins n’étaient pas trop bruyants, si l’on exceptait celui qui regardait des nanards de temps à autres. Une fois arrivé, son portable sonna. C’était Loana.

-          Apparemment, il n’avait pas de grosse affaire en ce moment, Jowd. Juste quelques petites, enfin la routine du mois de décembre, si tu vois ce que je veux dire.

-          Très bien… Merci, Loana.

-          Okay, maintenant que je t’ai donné ce renseignement, c’est à ton tour de m’expliquer pourquoi tu me l’as demandé.

-          En allant voir la femme de Dray tout à l’heure, elle m’a dit que depuis le début de la semaine il rentrait très tard chez lui parce qu’il avait apparemment une grosse affaire sur le feu. Elle-même n’avait pas bien l’air de savoir de quoi elle parlait et n’avait que la parole de son mari défunt en guise de témoignage.

-          Donc… Dray aurait menti à sa femme ? On en vient donc au scénario classique…

-          Ouais. Il est possible que s’il rentrait tard, c’est simplement parce qu’il se faisait une autre nana en douce. Et avec ce genre de relations secrètes, on s’attire toujours des ennuis.

-          Pas mal, Jowd. Tu as réussi à tirer une piste sans même qu’on ait d’information réelle.

-          Oui, enfin ce n’est qu’une hypothèse. On pourra la vérifier dès que le patron nous informera de ce qu’ils auront trouvé… Bon, je vais réfléchir à tout ça. A plus, Loana.

-          A bientôt, Jowd.

Ce temps de répit qu’il trouvait chez lui serait le dernier avant que l’enquête ne commence, Jowd le savait. Bientôt, il devrait faire face à une multitude de dangers, surtout médiatiques et politiques. Il s’y préparait et l’adrénaline montait. C’était ce qu’il attendait, il l’admettait à contre-cœur. L’enquête allait s’annoncer explosive.

 

Chapitre 2 :

Le problème quand on s’occupait d’une affaire, plus particulièrement d’une affaire de meurtre, c’est que pendant toute la durée de l’enquête on n’avait plus faim et on n’arrivait presque pas à dormir. Jowd avait donc décidé de dormir dès qu’il était rentré chez lui après avoir fait ce qu’il avait à faire. Parce qu’une fois qu’il serait dedans, il savait qu’il ne pourrait plus en profiter. Il faisait encore nuit noir dehors.  Il prenait des nouvelles de son fils une fois par semaine, celui-ci vivait depuis depuis presque un an seul avec sa mère et il avait rarement l’occasion de le voir. Il se préparait et faisait tout ce qu’il avait projeté de faire pendant cet hiver – c’est-à-dire, pas grand-chose, pour pouvoir être fin prêt à passer à l’action. Il se disait toujours que si on est dans une enquête, il faut être à fond dedans et ne rien lâcher jusqu’à ce qu’on ait trouvé la sortie. Il ne pensait donc plus à l’affaire en cours durant ce dernier jour de répit, réussit à dormir suffisamment pour être en forme, et reçut un e-mail de Bazil dès que le jour commençait à se lever.

« Nous venons de recevoir les résultats de l’autopsie de Benjamin Dray. Celui-ci a effectivement été tué par une balle en plein front, et c’est le seul coup qu’il a reçu. La balle a été retrouvée sur les lieux du crime, mais on ne sait pas si elle convenait à la position de la victime quand elle est tombée par terre, étant donné que nous avons retrouvé celle-ci attachée à un pilier. Aucune empreinte n’a été laissée sur les lieux, le meurtrier a apparemment été prudent. Dray avait encore son portefeuille sur lui, le motif du meurtre n’était donc pas un vol. Nous avons aussi retrouvé son téléphone portable dans une de ses poches intérieures, mais il n’y avait rien d’intéressant à l’intérieur. Maintenant, c’est à vous d’enquêter. Bonne chance, et n’oubliez pas d’éviter les médias, qui sont depuis hier après-midi au courant de l’affaire. »

Jowd avait en effet regardé la télévision annonçant la mort du procureur. Au niveau de la population il n’y avait rien à craindre, mais politiquement cette affaire allait sans doute prendre une ampleur assez importante. Le rapport du commissaire ne contenait rien de très intéressant et il n’y avait pas vraiment matière à investigation ; cependant Jowd savait par quoi il allait commencer et quelques renseignements dans ce rapport étaient tout de même assez intéressants. Il donna rendez-vous à son équipe d’inspecteurs devant un simple parc pour ne pas trop attirer l’attention, et acheta quatre croissants en chemin. Il fut satisfait de retrouver tout le monde à l’heure, même Stayn.

-          Alors, c’est quoi le plan ? Parce qu’ayant lu le mail de Bazil, j’peux vous dire que j’ai rien trouvé qui donnait matière à enquêter ! Dit Stayn, toujours de mauvaise humeur.

-          Ecoutez, répondit Jowd. C’est vrai que le rapport du chef ne donne pas vraiment de piste pour enquêter, mais dites-vous bien que tout ce qu’il a écrit est important. Et moi, j’ai déjà une piste.

-          Vraiment, Sherlock ? Ce serait pas par rapport à la gonzesse inconnue que Dray aurait pu secrètement se taper, d’après ce que tu m’as dit hier ?

-          Ecoutez, Stayn. Je crois vous avoir assez ignoré jusque là, mais si vous voulez pas que je vous mette le chargeur de mon revolver dans le cul, il va falloir mieux se tenir. Compris ?

Stayn hocha la tête sans rien dire. Apparemment, il avait compris la leçon, ce qui faisait sourire Loana.

-          Bon… Mais quand même, c’est bien en rapport avec ça ?

-          Ouais. Vu qu’apparemment, il n’y avait rien d’intéressant dans le téléphone portable de Dray, et que ça m’étonnerait qu’il ait pu contacter une autre fille chez lui – si toutefois il avait une aventure secrète, la piste qui reste est son bureau. C’est sans doute là qu’il a pu la contacter.

-          Je vois. Mais ne devrait-on pas voir par nous-même son portable, tout de même ?

-          Tu as raison, Loana. C’est pourquoi je vais te demander un service pour que Stayn et moi puissions enquêter de notre côté, si cela ne te dérange pas.

-          Tu veux que j’aille demander la permission du préfet pour fouiller le bureau de Dray, et aussi que je regarde dans son téléphone portable si quelque chose d’intéressant s’y trouve ?

-          Exactement. Pas que j’ai plus envie de rester avec Stayn qu’avec toi, mais c’est que je suis sûr que tu es bien plus efficace que lui.

-          Va te faire foutre, Jowd ! Répliqua vivement ce dernier.

-          Bon, bref. Allons-y sans plus tarder. J’espère que le préfet acceptera…

-          Je l’espère aussi. Bon, à toute à l’heure, je vais faire ça le plus vite possible.

Elle partit en direction de la préfecture de police, et prit le croissant que lui avait acheté Jowd. Celui-ci espérait qu’elle penserait à prendre le numéro du préfet de police pour pouvoir le joindre par la suite à n’importe quel moment.

-          Bon, c’est très bien, mais si on doit attendre qu’elle ait l’autorisation pour enquêter, qu’est-ce qu’on fait pour l’instant ?

-          C’est très simple. On va y aller tout de suite.

-          Quoi !? Mais on ne peut pas faire ça sans avoir…

-          Ouais, je sais. Mais vous voyez, quand je commence une enquête, je ne laisse pas d’espace vide. Je vais de l’avant et je ne perds pas de temps jusqu’à que j’aie trouvé le meurtrier. Parce que vous savez ce qu’on dit, Stayn ? Que les chances de trouver le coupable baissent considérablement après 48 heures d’enquête. Et ces 48 heures, je compte bien les remplir du mieux possible. Alors si vous voulez faire la poule mouillée parce que vous avez peur pour votre réputation, vous avez qu’à vous barrer. Si je vous ai pas envoyé à la place de Loana, c’est parce que je vous croyais capable d’avoir les couilles pour faire ça. Vu ?

-          Vous êtes vraiment un malade, Jowd. Vous voulez savoir si j’ai des couilles ? Très bien, allons-y. Mais après on verra bien qui sera dans la merde.

-          Si le préfet accepte cette enquête, on pourra toujours prétexter avoir fait cette fouille après. Dans le cas contraire, on aura qu’à se débrouiller. Tout ce que je sais, c’est qu’on a pas de temps à perdre. Je me suis renseigné hier et je connais l’adresse de son cabinet, on y va.

Cette fois, ils prirent le bus pour aller au cabinet de Dray qui se trouvait à la Place d’Italie, pour gagner du temps. Le bus traversait l’avenue des Gobelins pour s’y rendre, c’était juste à côté de chez Jowd, à cheval entre le 5ème et le 13ème arrondissement de Paris. Jowd n’aimait pas cette avenue : Elle ne faisait que monter et n’avait absolument rien d’intéressant. Une succession de magasins et d’immeubles plus fades les uns que les autres, aussi gris que le ciel de la ville.

-          Au fait, Jowd, comment va-t-on pouvoir rentrer dans son bureau sans autorisation ? Demanda Stayn qui s’était tu jusque là, dans le bus.

-          Je me suis arrangé avec sa secrétaire ce matin. Contrairement à vous, je me suis préparé, Stayn.

-          Vous vous êtes arrangé avec elle, hein ? Vous l’avez corrompue, c’est bien ça ?

-          Ecoutez. Vous pouvez appeler ça de la corruption si vous le voulez, moi j’appelle seulement ça un moyen de pouvoir avancer dans l’enquête plus rapidement et d’avoir plus de chances de pouvoir coincer un salopard de meurtrier. Parce qu’en plus s’il s’avérait que le préfet acceptait la fouille, c’est possible qu’il nous demanderait un certain temps avant de la faire.

-          Vous êtes un flic, oui ou merde ? Vous allez finir par vous faire rayer du commissariat, si vous continuez comme ça !

-          Je me pose pas la question. Je suis juste quelqu’un qui recherche la vérité, et ça me suffit, Stayn. Rapportez tout ça à vos petits collègues si ça vous chante, mais vous ne pourrez pas prouver quoi que ce soit.

-          Jowd… J’y vais avec vous pour cette fois, mais je ne recommencerai plus jamais ce genre de conneries !

Ils arrivèrent dans le cabinet du défunt, Jowd se présenta à la secrétaire qui le laissa entrer sans problème. Il avait décidé d’employer la manière forte pour résoudre cette affaire. Si la secrétaire n’avait pas accepté son offre il aurait probablement trouvé un autre moyen, mais c’était parfait comme ça.

-          Bon, on a tout notre temps. Stayn, mettez ces gants. Cela vous évitera de laisser vos empreintes partout sur le bureau.

Stayn attrapa les gants et les enfila à contre-cœur. Mais maintenant qu’il était entré il n’avait pas le choix, et il ne pouvait plus trahir Jowd non plus. Le bureau de Dray était assez petit, ce qui allait rendre la fouille plus facile et surtout plus rapide. Celui-ci était très bien rangé et tout était rempli parfaitement, rien n’était laissé au hasard. Jowd et Stayn commencèrent par regarder des petits papiers qui étaient enfilés dans son bureau, mais il n’y avait rien de bien intéressant, ils contenaient tous des notes sur quelques petites affaires que traitait le procureur. Il y avait quelques gros dossiers dans d’autres tiroirs qui traitaient sans doute d’affaires plus importantes, mais aussi anciennes. Ce n’était pas ce qui intéressait Jowd pour le moment et analyser tout lui prendrait un temps fou, il passa outre. Il s’intéressa de plus près au téléphone posé sur le coin du bureau de la victime. Il mis en marche les messages vocaux. Les derniers d’entre eux étaient des messages d’avocats par ou d’autres personnes du milieu juridique pour telle ou telle affaire, puis il tomba finalement sur un message plus qu’intéressant. C’était la voix d’une femme, qui disait clairement :

« Benjamin, c’est Clara. Apparemment tu n’es pas au bureau alors je te laisse un message, comme tu m’as dit que je pouvais le faire sur ce numéro. J’espère que tu pourras passer ce soir. A toute à l’heure. »

Le message avait été enregistré le jour-même du meurtre, à quinze heures. La secrétaire informa Jowd que Dray n’était effectivement pas à son bureau à cette heure-là, mais au tribunal.

-          Je crois que cette fois, on est sur la bonne voie, lança Jowd.

-          Ouais, mais c’est pas un malheureux message qui va nous permettre de retrouver cette nana.

-          Au moins, on est maintenant presque sûr qu’il avait bel et bien une aventure secrète et que c’était pour cette raison qu’il mentait à sa femme.

-          Apparemment, la fille qu’il se tapait après le boulot s’appelle Clara… C’est pas super précis, mais j’crois bien connaître un avocat de ce nom qui a un cabinet pas bien loin. J’ai déjà eu recours à ses services.

-          Intéressant, répondit Jowd. Mais il faut qu’on soit bien sûr que c’est elle avant de venir la déranger. On pourrait peut-être faire le lien entre eux si on vérifie les mails de Dray.

-          Effectivement, j’y avais pas pensé… J’suis pas sûr qu’on ait le droit mais vu où on en est…

Jowd alluma l’ordinateur de Dray qui était posé au centre de son bureau, la secrétaire lui donna toutes les indications pour arriver à sa boite mail, puis il regarda ses contacts. L’un d’entre eux avait bel et bien l’adresse e-mail « Claragordon@gmail.com ». Selon les messages qu’ils avaient échangés, il est évident qu’elle était avocate, mais surtout qu’ils étaient ensemble depuis peu, ce qui collait au fait que ça ne faisait que depuis le début de la semaine que Dray rentrait tard « de son travail ».

-          Cette fois, nous y sommes, lança Jowd. J’aime pas trop recourir à ce genre de méthodes, mais je n’avais pas le choix.

-          Tu parles. Enfin bref, on a plus rien à faire ici maintenant.

Jowd voulait rester encore un peu dans le bureau parce que celui-ci devait contenir des informations assez intéressantes, mais il savait qu’il ne devait pas tarder. Il se contenta de hocher la tête et rappela à la secrétaire que si elle les dénonçait elle se dénonçait elle-même avant de partir.

-          Bon, dit Jowd en sortant du cabinet, je vais revenir au commissariat pour faire quelques recherches sur cette Clara Gordon. Je pourrai trouver par la même occasion où est son cabinet. On se retrouve à quinze heures devant le Luxembourg, rien que vous et moi. Faites encore attention à ne pas attirer l’attention des médias, Stayn.

-          Ouais, ouais, très bien. A toute à l’heure.

En rentrant au commissariat, Jowd pensa à cette petite intrusion qu’il venait de commettre. Il n’était pas trop anxieux parce qu’il n’y avait aucun risque que la secrétaire ou Stayn balance qui que ce soit, mais il n’aimait pas trop ce genre de méthodes. Pour autant il avait été obligé de le faire, sinon il serait encore en train d’attendre l’autorisation du préfet, ce qui aurait constitué une perte de temps non négligeable. Il savait qu’il avançait son enquête dans le dos de la police judiciaire et qu’il fallait pas jouer trop longtemps à cache-cache avec eux. Néanmoins il décida de ne plus y penser et de se plonger dans la recherche concernant Clara Gordon. En tant qu’avocat, elle avait un site internet sur lequel elle avait déposé l’adresse de son cabinet et le numéro de téléphone de celui-ci. En dessous, elle se présentait comme étant une femme de 42 ans, soit à peu près l’âge de Dray, qui avait déjà quelques années d’expérience dans le métier et une bonne carrière. D’après la photo qu’elle avait mise sur le site, elle était assez belle : Brune, yeux bleus, avec un charmant sourire. Il aurait pu faire ces recherches au cabinet de Dray, mais s’il était revenu au commissariat, c’était surtout pour prendre le dossier de la victime et s’informer un peu plus sur lui. Il n’estimait pas cela vraiment nécessaire parce qu’il tenait déjà la piste du couple secret, mais il devait assurer ses arrières en vérifiant tous les angles. Il allait prendre le dossier quand son téléphone sonna. C’était Loana.

-          Je suis désolée, Enzo, mais on va devoir attendre encore quelques heures pour pouvoir fouiller le bureau de Dray.

-          Je ne te demanderais même pas pourquoi, répondit Jowd.

Il ne voulait pas la vexer en lui disant qu’il avait déjà fouillé ce bureau. Cependant il savait qu’il serait obligé de lui dire s’il découvrait quelque chose en rapport avec Clara Gordon cet après-midi. Il ne pouvait pas la mettre à l’écart de l’enquête, en tant qu’amie mais aussi et surtout en tant qu’enquêteur.

-          Apparemment, il y a des flics qui veulent aller dans ce bureau avant nous. Je croyais que c’était nous qui avions la priorité mais ce n’est apparemment pas le cas, dit Loana.

Jowd trouvait cela étrange lui aussi. S’il était allé au bureau de Dray, c’était pour obtenir des informations par rapport à Clara Gordon, parce que sa conversation avec la femme du défunt lui avait mis la puce à l’oreille quant à une relation secrète. Les flics se seraient aussi rendu compte de cette relation ? Possible, mais dans ce cas le commissaire Bazil ou tout simplement le préfet de police aurait prévenu Jowd et son équipe. Il avait l’impression que la police judiciaire enquêtait de son côté tout comme lui, et ça ne lui plaisait pas trop. S’il perdait le contact avec la police, son enquête serait bien plus compliquée.

-          Jowd ?

-          Oui ?

-          Je commence à avoir un peu faim. Tu ne veux pas qu’on aille manger dans un resto ? On pourra parler de l’affaire.

-          Je n’ai pas trop d’appétit en ce moment, mais comme tu voudras.

 

Chapitre 3 :

Jowd avait pris rendez-vous avec Loana dans un simple restaurant nommé Le canon des Gobelins, qui n’arrivait pas à la cheville du Chez Léon qui avait fermé quelques mois plus tôt. Elle fut à l’heure, et ils commandèrent tous les deux un hamburger. Ils allaient certainement uniquement bouger dans le périmètre 5ème/13ème/6ème et peut-être 14ème arrondissements de Paris pour cette enquête, ce qui lui permettait toujours de rester à côté de chez lui et du commissariat central pendant l’enquête. Loana, quant à elle, n’habitait pas à côté du périmètre et allait donc rester pendant un bon bout de temps au commissariat. Ils commencèrent directement à parler en attendant leur commande.

-          Pourquoi ici, Enzo ? Il y a un Chez César à côté, et Dieu sait qu’il est mille fois meilleur que cette brasserie ! Dit-elle, avec une pointe d’ironie dans la voix.

-          Tout simplement parce qu’ici, les plats mettent moins de temps à être servis, répondit-il très sérieusement.

-          Bon, bon. Parlons plutôt de l’affaire : Qu’avez-vous fait avec Stayn quand je suis partie ?

-          He-Hem… On est retourné au commissariat pour regarder un peu le dossier de Dray.

-          Et vous avez trouvé quelque chose ?

-          Rien de spécial pour le moment, répondit Jowd après une courte hésitation, et sans regarder son interlocutrice. Mais, dis-moi, as-tu trouvé quelque chose d’intéressant dans le portable de Dray ?

-          Eh bien, c’est-à-dire que je n’ai pas pu le consulter. Le commissaire Bazil m’a dit qu’en tant que pièce à conviction, ils l’avaient remise au gars du labo pour qu’ils l’analysent.

-          Je vois. Il n’avaient sans doute pas relevé les empreintes qui pouvaient y figurer…

Jowd leva les mains en l’air et se pencha sur sa chaise d’un air consterné.

-          Tu parles d’une « enquête libre », mon cul ! Après les gars de la préfécture qui passent au bureau de Dray avant nous alors qu’ils ne sont pas en charge de l’affaire, le portable miraculeusement disparu quand on y fait référence !

Jowd vit que la serveuse à sa droite était arrivé, et songea qu’il avait peut-être crié un peu trop fort. Il voulait que ce soit lui qui planifie l’enquête et qu’il soit aidé de tous les côtés, de n’importe quelle façon, pour pouvoir réussir. Il en avait loupé, des assassins, à cause de types ralentissant son enquête dès le premier jour. Et il ne voulait pas que ça se reproduise. S’il devait manipuler pour réussir, il le ferait. Il prit vivement son hamburger, puis l’image du corps de Dray lui revint soudain en tête. Il reposa son plat.

-          Bon, dit Loana, qui passait outre le comportement de Jowd. Qu’est-ce qu’on fait après, Enzo ?

-          Après… On attend que les flics bougent leurs culs du cabinet de Dray. Tu as pensé à prendre le numéro du préfet ?

-          Oui. Tiens, je l’ai noté.

Jowd l’appris par cœur, puis reprit la parole.

-          Je crois que je vais rentrer chez moi et réfléchir encore une fois à tout ça. J’espère qu’on attendra pas trop avant de pouvoir passer à l’action.

-          Très bien. Je t’appellerai quand on pourra y aller. Pour l’instant je vais retourner au commissariat et voir si quelqu’un avait une raison d’en vouloir à Dray dans son dossier.

Jowd acquiesca. Il n’allait pas rentrer chez lui mais continuer l’enquête avec Stayn, en se rendant au cabinet de Clara Gordon pour essayer de communiquer avec elle. Il savait que si cela ne donnait rien il ne serait pas obligé d’en parler à Loana, et c’est pour cette raison qu’il ne l’avait toujours pas fait. En revanche s’il y avait du nouveau, il allait être obligé de lui dire qu’il avait déjà fouillé dans le cabinet de Dray. Le fait qu’elle continuait à travailler sur le dossier de Dray en parallèle était parfait : son équipe allait couvrir le maximum d’angles possibles relatifs à l’affaire. Ils continuèrent à manger en silence, et Jowd régla l’addition et partit sans même avoir mangé la moitié de son plat. Loana repartit au commissariat avec une voiture de flic, mais assez camouflée pour qu’on ne la reconnaisse pas et donc qu’elle n’attire pas l’attention. Jowd songea lui aussi à aller en prendre une, si jamais il s’avérait qu’il ait de plus longues distances à faire. Il accompagna alors sa collègue jusqu’au commissariat, prit sa voiture de service qu’il avait déjà pris soin de camoufler et appela Stayn, une fois à l’intérieur. Celui-ci décrocha immédiatement.

-          Agent Stayn au rapport !

-          Alors, vous vous êtes remis de notre petite intrusion de tout à l’heure ?

-          Peuh. Le préfet a autorisé la fouille, finalement ?

-          Oui, mais on est sensé l’effectuer plus tard. Donc pour l’instant, on va au cabinet de la donzelle de Dray pour aller lui parler.

-          Tu sais bien où ça va nous mener, toutes ces conneries, Jowd… Tu joues trop avec le feu. A force de faire des trucs dans le dos de la préfécture, ils vont finir par nous baiser.

-          Pas si on est habile et qu’on ne panique pas. Bon, vous venez avec moi, ou quoi ?

-          Ouais, ouais. Et la nana, Shayne ? On l’emmène pas avec nous ?

-          C’est un peu compliqué… Mais elle étudie les dossiers de Dray en ce moment. On lui fera part des nouvelles s’il y en a.

-          Bon, ok. On se donne rendez-vous où ?

-          Devant le gymnase Poliveau. Son cabinet est au Boulevard de l’Hôpital, soyez à l’heure.

-          C’est ça, à toute à l’heure.

Jowd décrocha et commenca à rouler. Il était allé chercher une voiture au commissariat pour finalement se rendre à un endroit proche du restaurant où il se trouvait tout à l’heure, mais cela pouvait s’avérer assez pratique par la suite. Il mit entre cinq et dix minutes pour y arriver, et se gara assez facilement. Il aimait bien cette rue Poliveau, parce qu’elle lui rappelait pas mal de souvenirs vécus avec son fils quelques années plus tôt, sans compter le fait que le jardin des plantes se trouvait à proximité. Il considérait avoir une véritable chance d’habiter, encore une fois, assez proche de l’endroit. Il se souvenait bien du gymnase Poliveau parce que c’est là qu’il avait inscrit et regardé jouer son fils au tennis, le prendre comme repère était assez facile. Il alluma une cigarette –il était passé à la moitié d’un paquet par jour, ce qui était déjà un bel exploit, et vit Stayn arriver deux minutes après, à pied. Il se demandait d’où il venait, d’après la direction par laquelle il était arrivé. Il décida de laisser tomber et les deux hommes continuèrent vers le boulevard de l’hôpital, que Jowd appréciait beaucoup moins. Ce dernier ressemblait à l’avenue des Gobelins, mais en plus spacieux. Stayn lui avait dit que le cabinet de Clara Gordon était assez près de celui de Benjamin Dray, mais il y avait tout de même une distance non négligeable entre les deux. Ils arrivèrent finalement au cabinet et furent reçu par une charmante hôtesse d’accueil. Elle leur dit que Clara Gordon n’était pas ici aujourd’hui, et elle n’en connaissait pas la raison.

-          Quoi !? Comment ça, vous ne savez pas pourquoi ? Putain, je me suis pas déplacé pour ça ! Elle est sensé être ici !

Jowd se retourna et vit que la voix qui venait de crier appartenait à un homme qui attrapait une autre hôtesse.

-          Excusez-moi, lui dit Jowd en s’approchant, vous recherchez quelqu’un ?

-          Et pas qu’un peu ! J’ai perdu cette salope ! Cria-t-il en guise de réponse.

-          Vous ne chercheriez pas une femme du nom de Clara Gordon, par hasard ? Lui demanda Jowd, toujours aussi calmement.

-          Comment vous la connaissez ? Vous savez où elle est ? Elle ne répond pas au téléphone !

-          Vous êtes bien son mari, n’est-ce pas ?

-          Non, son mec. Depuis un mois. Et qu’est-ce que ça peut vous foutre, hein ?

Voilà qui était plus qu’intéressant, songea Jowd. Clara Gordon était elle aussi en couple, tout comme Benjamin Dray, et ça ne les empêchait pas d’avoir eu une aventure secrète. A la différence que celle-ci n’était apparemment pas mariée. Le type à qui il était en train de parler était de taille moyenne, blond avec des cheveux en arrière comme un surfeur, et il portait une chemise tropicale à col décontracté. Le plus frappant était qu’il sentait fortement l’alcool.

-          Ecoutez, moi et mon collègue nous sommes inspecteurs généraux au commissariat, reprit Jowd. Et nous avons reçu l’ordre des hauts fonctionnaires de parler à Clara d’une affaire importante que nous traitons en ce moment-même.

-          Oh oh, ça m’a l’air sérieux tout ça, répondit le type. Encore un truc de flics, hein. Moi c’est Steve. Steve Forch.

-          Dites, M. Forch, pourriez-vous nous amener chez Mlle Gordon ?

-          Mais bien sûr. Le problème, c’est qu’elle est probablement pas là vu que j’ai appelé le fix plein de fois sans réponse. Mais sait-on jamais, j’mapprêtais justement à y aller vu qu’elle a pas l’air d’être dans cette saloperie de cabinet. Je supporte pas les cabinets. Allons-y, messieurs.

Jowd conduisait selon les indications de Forch. Sa vision de l’histoire se mettait déjà en place dans sa tête, et il suspectait ce dernier. Il aurait découvert que sa copine se tapait un autre mec, et il aurait donc tué celui-ci, Benjamin Dray. En plus de ça, il y avait quelque chose qu’il ne sentait pas dans ce Steve. Gordon habitait au boulevard Montparnasse, tout comme Dray. En dix minutes, ils y étaient. Ils montèrent dans un immeuble qui passait inaperçu au milieu des autres, et une fois arrivés au troisième étage, Jowd sonna à la porte. Pas de réponse.

-          J’vous l’avais dit qu’elle n’était pas là, dit Steve.

-          Bon, on fait quoi maintenant ? Demanda Stayn.

-          Ben, on attend qu’elle rentre.

-          Fermez-la un peu, vous deux, lança Jowd. Elle ne répond pas à son portable ni à son fixe, et n’a pas été vue au travail. Vous pourrez m’envoyer la facture pour les réparations, Steve.

Jowd poussa Forch et Stayn, et défonça la porte en un seul coup. Il avait eu l’habitude de faire ce genre de choses, et celle-ci n’était pas bien résistante.

-          Putain, vous êtes malade ! S’écria Forch.

-          M’en fous. Maintenant au moins, on va pouvoir être fixé. Rester dans le doute alors qu’on peut l’éviter est le pire dans une enquête policière.

Ils entrèrent dans la maison et allumèrent les lumières. Aucun bruit.

-          Bon, vous voyez bien qu’il y a personne ! Dit Forch.

-          Ah ouais ? Venez donc voir par ici ! Lança Jowd.

Il se trouvait dans la chambre de la victime. C’était le deuxième spectacle auquel il assistait en un seul jour : une femme, sans aucun doute Clara Gordon, étalée sur son lit, entourée de sang avec un impact de balle en pleine poitrine.

-          Putain ! Cria Stayn.

Steve Forch était complètement figé. Il n’avait aucune expression faciale.

-          Forch, lança Jowd.

Il ne réagissait pas. Toujours immobile. Jowd l’attrapa par le col de sa chemise, et le plaqua contre le mur.

-          Où étiez-vous, espèce d’enfoiré, quand cette fille s’est fait buter !? Cria-t-il. Vous étiez bien avec elle, alors qu’est-ce qu’il s’est passé !?

Forch, ayant apparemment repris possession de ses pensées, repoussa violemment Jowd et répliqua immédiatement.

-          Ta gueule ! C’est à cause d’elle, cette salope ! Elle m’a chassé d’ici hier soir !

Jowd approcha vivement de Forch et lui mis un coup de poing dans le nez.

-          C’est toi qui l’a tuée ! Avoue-le ! Tu as vu qu’elle couchait avec l’autre et tu les as tous les deux butés !

-          Qu’est-ce que vous foutez, Jowd !? Lança Stayn, qui semblait s’être écarté jusque là.

Jowd vit Forch se relever de son coup. Il vit la haine dans ses yeux. C’était cette haine qu’il recherchait : ce type était un assassin.

-          C’est pas le moment de se battre ! Continua Stayn. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?

-          C’est très simple, répondit Jowd. On appelle la police et on leur dit qu’on a trouvé le corps.

-          Mais ils vont nous interroger et ils vont vite comprendre qu’on a commis une infraction !

-          Fermez-la un peu, Stayn ! Je prendrai toute la responsabilité des faits, ça vous va ?

-          Je savais que c’était une mauvaise idée… Vous m’avez entraîné dans un vrai merdier, Jowd !

Jowd sortit de l’appartement et appela la préfecture de police. Il savait que tout allait lui retomber dessus mais il avait l’assassin, maintenant.

 

Chapitre 4 :

Cinq minutes plus tard, des voitures de police arrivèrent les unes derrière les autres dans le boulevard. Jowd, Stayn et Forch les attendaient à l’entrée de l’immeuble. Le ciel était bien plus gris que d’habitude, il allait certainement pleuvoir. Le préfet de police et le commissaire sortirent du premier véhicule arrivé.

-          Quel étage ? Demanda le préfet.

-          Troisième, porte de gauche, répondit Jowd. Exactement comme chez moi.

-          Allez, dépêchez-vous ! Cria-t-il à ses subordonnés qui sortaient à leur tour des autres voitures. Y’a un cadavre en haut, je vous le rappelle !

-          Vous n’allez pas voir par vous-même ? S’étonna Jowd.

-          J’ai déjà vu un mort aujourd’hui, je m’en passerais bien, répondit vivement le préfet.

-          Vous vous en doutez, nous allons devoir vous poser quelques questions, dit le commissaire qui frissonnait à côté du préfet.

Jowd vit que Forch, avec qui il était séparé par Stayn, se tenait encore droit comme un i et ne bougeait pas, malgré le froid et le fait qu’il soit en chemise.

-          Bien sûr, répondit-il. Et j’espère bien qu’on pourra conclure cette affaire par la même occasion.

Le commissaire ignora cette remarque et ordonna à Jowd, Stayn et Forch de monter dans sa voiture.

-          Nous allons parler de tout ça dans mon bureau, dit-il.

Stayn était assis à l’arrière entre Jowd et Forch, pour éviter tout conflit possible entre les deux individus. La voiture roulait silencieusement vers le commissariat. Jowd regardait la ville qui défilait par sa fenêtre. A chaque fois qu’il le faisait, il se sentait si confortable et réfugié dans ses diverses pensées qu’il ne voulait plus quitter la voiture. Mais aujourd’hui c’était différent : il était certain d’avoir arrêté un meurtrier. Il allait le coincer et voulait arriver au commissariat le plus vite possible. Une fois arrivé au commissariat, il ne vit pas Loana. Elle devait être encore en train de travailler dans son bureau, songea-t-il. Le commissaire Bazil ammena les trois hommes dans son bureau qui se trouvait au dernier étage du bâtiment, et s’assit dans son fauteuil sans en proposer. Jowd, Stayn et Forch restèrent debout. Jowd regardait la pièce. Cela faisait longtemps qu’il n’était pas venu ici. Il y avait sur le mur des affiches du commissaire avec quelques hauts fonctionnaires. Sinon, le bureau n’avait rien de spécial et était assez dépouillé. Comme celui de Dray, il était parfaitement rangé, à la différence qu’il n’y avait presque rien dans celui-ci. Ce qui attirait l’attention était surtout la grande baie-vitrée qui se trouvait derrière le bureau et qui donnait une vue assez conséquente sur la ville. Jowd songeait qu’il avait aussi une petite chambre à part dans son immeuble et que de celle-ci on avait un large panorama sur Paris. Elle était parfaite pour travailler, sauf quand ce dernier attirait trop l’attention. Le commissaire Bazil mit la tête entre ses deux mains en signe d’exaspération, puis prit finalement la parole au bout de quelques secondes.

-          Je crois que c’est à vous de vous expliquer, Jowd, commença-t-il. Comment vous êtes-vous retrouvé dans l’appartement de Clara Gordon ?

-          Eh bien… Quelques recherches nous ont permis de trouver que celle-ci avait une liaison secrète avec Benjamin Dray.

-          Vous m’avez mal compris, dit le commissaire. Quand je vous demande de tout me raconter, soyez précis, nom de dieu !

-          Bon. J’ai corrompu la secrétaire de Dray pour qu’on puisse entrer dans son cabinet ce matin et écouter les messages vocaux laissés sur son répondeur. L’un d’entre eux était de Clara Gordon et elle lui disait de passer chez elle le soir du crime. On a conclu qu’il la voyait bel et bien en secret et nous sommes donc passés à son cabinet pour voir si elle était là.

Jowd voyait que plus il avancait dans son récit, plus le commissaire devenait rouge. Il continua sans jeter un œil à Stayn et Forch.

-          … Le seul problème était qu’il n’y avait aucune trace d’elle. Nous avons croisé son petit ami que voilà dans son cabinet, dit-il en faisant un signe de tête vers l’intéressé. Il nous a emmené chez elle, j’ai défonçé la porte pour entrer et nous avons découvert son corps. Vous connaissez la suite.

Le silence régna dans la salle quelques secondes après cette déclaration. Le commissaire se tenait les cheveux et baissait la tête. Il reprit la parole, évidemment en colère.

-          Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? Vous êtes un flic, Jowd ! Un flic, putain de merde !  S’exclama-t-il.

-          Il fallait que je trouve le meurtrier au plus vite, répondit calmement celui-ci.

-          C’est ça, oui ! Oh, je la connais bien, votre conception de la justice. Mais dites-vous bien qu’on ne vit pas dans le monde que vous voulez, et il va falloir faire avec ! Vous allez certainement me dire que Forch est l’assassin parce qu’il avait découvert que sa femme le trompait, c’est bien ça ?

-          C’est exact, lui répondit-il.

-          Très bien, mais avez-vous seulement vérifié son alibi avant tout ça ? Vous ne réfléchissez donc pas avant d’agir ?

Jowd s’arrêta un moment, puis baissa légèrement la tête. Il avait effectivement oublié de vérifier ce point-là.

-          Que j’vous dise, ça tombe bien ! S’écria Forch. Parce que j’en ai un, un sacré alibi ! Hier soir, Clara m’a viré, probablement pour tirer un coup avec ce type, et j’ai dû me foutre une race dans un bar sans savoir qu’un autre type se faisait ma nana ! Allez vérifier, je suis pas rentré chez elle depuis hier soir, avant qu’elle crève.

Jowd allait objecter, mais se rappela que Forch puait l’alcool. Il lui demanda tout de même s’il avait une preuve qu’il était resté à ce bar, et celui-ci lui répondit qu’il n’avait qu’à vérifier la caméra de surveillance, et accessoirement d’aller se faire voir.

-          Bon, dit le commissaire. On va vérifier ça, mais je vois pas pourquoi M. Forch nous mentirait. On le découvrira vite fait, et il le sait. L’entretien est terminé, messieurs. Jowd, vous commettez encore un seul faux pas dans cette affaire et je peux vous assurer que vous allez pas revoir votre insigne de si tôt.

Jowd acquiesca et sortit du bâtiment, il se tenait juste en face de celui-ci. Il était complètement dépassé par les évènements. Avait-il pu se tromper ? Non, c’était impossible. Tout collait parfaitement, et Forch avait sorti un faux alibi en dernier espoir. Celui-ci sortit après Jowd et le regarda en souriant.

-          Alors, ça fait quoi de se gourer en beauté ? Vous savez pas à qui vous vous êtes attaqué, dit celui-ci.

Jowd ne répondit pas et laissa partir Forch. Il avait peur de cette assurance. Peur de s’être trompé quelque part. Il se rendit compte qu’il ne savait même pas ce que faisait Steve Forch dans la vie. Il commença à se demander s’il n’était pas allé un peu trop vite. Stayn lui tapa dans le dos et retourna à l’intérieur du commissariat. Jowd sortit une cigarette, et c’est seulement à ce moment-là qu’il se rendit compte qu’il pleuvait.

-          Et puis merde ! S’écria-t-il, en remettant le paquet dans sa poche.

Il commençait à être trempé. Il ne voulait pas retourner au commissariat. Il ne savait plus quoi faire, il avait perdu sa piste. Il décida de prendre sa voiture et de retourner chez lui. Il se rendit à sa chambre à part qu’il ne louait pas très cher, au sixième étage. Il s’approcha de la fenêtre qui donnait sur une belle vision de la ville sous la pluie. Il aimait la pluie : elle le rendait nostalgique. Sauf que cette fois, il était vide et certainement pas d’humeur à penser, ni même à ressentir quoi que ce soit. Il sortit son téléphone portable sans même savoir pourquoi, et vit qu’il avait un appel manqué : Loana, à seize heures. Autrement dit, quand il venait d’entrer dans l’appartement de Clara Gordon. Il décida de la rappeler.

-          Jowd ?

-          Ouais, c’est moi, Loana. Désolé de ne pas t’avoir répondu tout à l’heure.

-          Pourquoi tu ne m’as pas prévenu ?

-          Comment ?

-          Pourquoi tu ne m’as pas dit tout ce que tu avais fait ? Je viens d’apprendre la nouvelle.

-          Ecoute, Loana, je…

-          Pas besoin que tu t’expliques, Jowd. Tu as merdé. Tu as voulu prendre le devant sur tout le monde, t’approprier l’enquête et y aller à la barbare, sans même prendre le temps d’y réfléchir. Tu as manipulé cette secrétaire, mais tu m’as aussi manipulé, Enzo. Depuis le début. Et tu ne m’as rien dit. Tu as voulu avancer dans le dos de tout le monde et maintenant tu reçois la vendetta dans la gueule.

-          Non, ce n’est pas ce que tu crois… Tout ce que je voulais, c’était…

-          Tu voulais arrêter l’assassin sans perdre de temps. Mais tu as mal agi, Jowd. Tu es un policier. Tu dois te conformer aux règles, peu importe ton sens propre de la justice. Ce n’est pas en mentant et en manipulant que tu trouveras la vérité dans cette affaire. Tu t’es joué de nous tous, à toi d’en tirer les conséquences.

Elle raccrocha sans ajouter un mot. Jowd pensait qu’elle avait sans doute quelque chose à lui dire en rapport avec l’enquête, étant donné qu’elle l’avait appelé auparavant. Elle avait raison ; il avait merdé. Et c’était dès maintenant qu’il allait perdre le plus de temps. Il allait devoir passer à la préfecture de police pour être interrogé jusqu’au soir. La pluie était maintenant plus forte, et Jowd ouvrit sa fenêtre pour la sentir. Après s’être fait interrogé par le préfet et d’autres inspecteurs, il revint dans sa petite chambre du sixième étage, encore une fois sans s’arrêter au commissariat. Il avait été décidé qu’il ne serait plus en charge de l’affaire, et que la préfecture de police reprendrait l’enquête. Le préfet donna une conférence de presse et on allait pouvoir lire dans les journaux dès le lendemain qu’il y avait eu un autre meurtre. On avait appris entre temps que l’alibi de Forch était valide : il avait bel et bien passé toute la soirée à un bar assez éloigné du domicile de Clara Gordon. Il était un peu moins de minuit, et Jowd était déjà vidé. Il se couchait déjà et repensa à la discussion qu’il avait eue avec Loana. Elle avait raison, et il le savait : c’était pour cette même raison que sa femme l’avait quitté un an auparavant. Dans ses pensées, sa fierté reprenait souvent le dessus, pour finalement être écrasée par un sentiment de culpabilité. Il s’était trompé, avait accusé quelqu’un à tort sans même connaître cette personne. Steve Forch était ce qu’il appelait un enculé, cela ne faisait aucun doute. Mais ce n’était pas lui qui était en tort.

Jowd n’arrivait pas à dormir. Finalement, il chassa toutes ses pensées de son esprit, et au lieu de se saouler pour oublier, il prit simplement une bière dans son frigo. Il devait continuer l’enquête, quoiqu’il en soit. Il prit son ordinateur et rechercha simplement le nom de Steve Forch sur Google. Et, à sa surprise, il avait un site internet. Ce dernier était un patron d’une grande entreprise qu’il avait héritée de son père, et avait déjà la quarantaine tout comme Jowd, même s’il avait l’air plus jeune. Jowd referma son ordinateur. Il ne savait même pas pourquoi il avait fait cette recherche, étant donné qu’il ne reverrait probablement plus Forch, même si on prenait compte de la menace que ce dernier lui avait adressée en guise d’au revoir. Jowd décida de repartir à zéro, et cette fois en réflechissant à partir de la scène du crime et des informations relatives au rapport du commissaire qu’il avait reçu ce matin-là. Il prit son téléphone portable et hésita à rappeler Loana. Il savait qu’elle ne dormait pas à cette heure-là – elle analysait toujours jusqu’à très tard différents dossiers. Finalement il composa son numéro, sans même réfléchir à l’appeler depuis sa liste de contacts. Elle décrocha au bout d’un certain temps.

-          Avant de me raccrocher au nez, commença-t-il, sache que je suis sincèrement désolé pour ce que j’ai fait. J’ai décidé de reprendre les choses en main sans faire de connerie, et c’est grâce à toi.

-          Enzo… Tu as été retiré de l’enquête, je te rappelle.

-          Loana, tu sais que d’enquêter de mon côté n’est pas illégal si je ne viens pas au commissariat et que je ne prends pas de dossiers relatifs à l’affaire.

-          Bon, d’accord. Tu as de la chance que je ne sois pas trop rancunière. Qu’est-ce que tu voulais savoir ?

-          Si tu m’as appelé tout à l’heure, à seize heures, c’était pour me dire quoi ?

-          Que j’avais trouvé un truc intéressant dans le dossier de Dray. Mais pour pouvoir t’expliquer, il faut que tu voies ce que j’ai en main.

-          Bon… Très bien. On se voit demain pour en parler, si ça ne te dérange pas.

-          Comme tu veux… J’espère que tu auras appris la leçon, en tout cas.

-          Oui, je te l’ai déjà dit. Même si ça ne suffit probablement pas, je suis désolé.

-          Non, je parlais du resto d’hier. T’as pas intérêt à me ramener dans le même demain, compris ?

Il sourit et lui promit que oui. De toute façon, il n’avait pas lui non plus envie d’y retourner. Il raccrocha et se remit au travail, avec le mail du commissaire Bazil qu’il avait reçu le matin-même et les informations dont il avait déjà connaissance. Il se rendit compte qu’il avait déjà fini sa première bière, il en reprit donc une deuxième et se promit que ce serait la dernière pour la soirée. Il valait mieux avoir l’esprit clair. Après avoir relu le rapport du commissaire, l’ information importante lui vint vite en tête et il les nota sur un bout de papier :

La balle a été retrouvée sur les lieux du crime, mais on ne sait pas si elle convenait à la position de la victime quand elle est tombée par terre, étant donné que nous avons retrouvé celle-ci attachée à un pilier. 

C’était ça qui lui avait déjà paru intéressant la première fois qu’il avait lu le rapport. Et cette information expliquait peut-être la contradiction du tueur froid qui veut agir vite et qui prend pourtant le temps d’attacher sa victime. S’il avait attaché Dray après l’avoir tué, c’était certainement pour ne pas que la balle contredise la position du corps si celui-ci avait été retrouvé à terre, et donc pour ne pas contredire la scène du crime. Cela voulait dire qu’il avait simplement déposé la balle au hasard sur les lieux après avoir tué la victime autre part, puis avait attaché Dray pour qu’à la fois il n’y ait pas de contradiction et qu’on puisse penser à l’œuvre d’un psycopathe. La vraie scène du crime n’était donc peut-être pas le Panthéon. L’idée commençait à germer dans la tête de Jowd. L’assassin était venu dans l’appartement de Clara Gordon le soir du crime et Dray s’y trouvait aussi. C’était pour cette raison que Clara avait chassé Forch de son appartement plus tôt. Une fois rentré, il les tue tous les deux, laisse Gordon sur les lieux, ramasse la balle qui a tué Dray et embarque le corps de ce dernier, les déplace tous les deux relativement loin de la vraie scène du crime et met en place son stratagème en attachant le procureur à un pilier du Panthéon et en déposant la balle n’importe où pour créer une nouvelle scène de crime. De cette façon, l’assassin pouvait espérer qu’on ne fasse pas le lien entre les deux meurtres. Mais pourquoi ? Pourquoi voudrait-il une telle chose ? Jowd songea que ce plan avait l’air assez compliqué mais qu’il tenait pourtant la route. En fait, c’était même la seule explication qu’il avait trouvé.

La question était de savoir pourquoi l’assassin avait déplacé le corps de Dray et la balle qui avait tué ce dernier, si il avait bien manœuvré de cette façon. Jowd finit sa bière tant bien que mal et se coucha. Il n’avait rien à étudier, juste à penser. Il savait qu’il allait passer une nuit blanche. Il avait déjà prévu ce qu’il allait faire le lendemain.

 

Chapitre 5 :

Il faisait noir. Jowd entendait une vague musique de Jazz, et se tenait à côté du commissaire Bazil. Celui-ci ne faisait que lui répéter qu’il attendait Godot. La musique continuait, elle venait de nulle part dans les ténèbres et résonnait fortement. Soudain, Jowd vit le préfet de police approcher de lui. Il n’arrivait plus à bouger. Le préfet pointait le doigt sur lui et semblait le sermoner, mais sa voix était cachée par la musique. Derrière lui, il vit un homme, dont il ne put distinguer les traits. Ce dernier était en train de découper une autre personne. Jowd criait pour que le préfet se retourne et le voie, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Il était immobilisé et ne pouvait rien faire, il n’avait plus qu’à contempler le spectacle. Il se retourna vers le commissaire, qui prit soudainement l’apparence de Loana. Celle-ci regarda Jowd et lui cita Montesquieu :

Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi. Elle est loi parce qu’elle est juste.

Le préfet, de son côté, était toujours en train de sermoner pendant que l’assassin faisait son travail macabre derrière lui. L’ambiance devenait de plus en plus forte.

Jowd se réveilla en sursaut. Il avait réussi à dormir dans sa petite chambre du sixième étage. Elle non plus ne ressemblait pas à grand-chose ; elle était sobre, et parfaite pour se concentrer. Il regarda à sa fenêtre. Il pleuvait légèrement, alors qu’il était encore tôt. Il ne regardait pas la météo mais doutait que le temps allait s’améliorer avec un ciel si couvert. Il chassa de l’esprit le mauvais rêve qu’il venait de faire, puis se remit en tête la déduction qu’il avait tirée à partir du rapport du commissaire, la veille. Il la considérait toujours comme possible, rien n’était venu la contredire pour le moment. Mais il savait cette fois qu’il ne devait pas avancer trop vite sans être certain de ses affirmations. Il avait été rayé de l’enquête, mais comptait bien la poursuivre : même s’il s’était trompé, il ne pouvait pas abandonner ce qu’il avait déjà entamé. En plus de ça, il tenait une piste qui se pouvait être non négligeable.

Il devait déjeuner avec Loana ce jour-là, il estima qu’il avait encore assez de temps pour se rendre au commissariat. S’il voulait y aller, c’était pour parler au commissaire Bazil d’une chose qui l’avait intrigué auparavant. Il avait oublié de lui demander hier, et ce n’était pas plus mal étant donné que ce dernier était réellement sur les nerfs. Il enfila un costume, descendit de l’immeuble en laissant ses affaires dans la chambre, s’acheta un croissant à la boulangerie d’à côté puis prit sa voiture banalisée qu’il avait réussi, par chance, à garer à côté de chez lui la veille. Sur le chemin il ne prit pas la peine de mettre en marche ses essuie-glasse, la pluie était vraiment encore très légère. Par sa fenêtre, il voyait les décorations de noël du mois de décembre qui s’étaient installées partout dans la ville. Il aimait bien l’ambiance de noël, c’était un moment unique dans l’année, même s’il n’avait jamais vraiment eu l’occasion d’en profiter. Il arriva au bout de quelques minutes, montra son insigne et se rendit au dernier étage, dans le bureau de Bazil. Il n’avait pas vu Loana à l’accueil, elle avait certainement dû dormir dans son bureau la veille. Il frappa à la porte et le commissaire lui dit d’entrer. Il l’accueilla sans surprise et lui dit de s’asseoir. Il était assurément calmé.

-          Jowd, lança-t-il en soupirant. Qu’est-ce qui me vaut le bonheur de vous voir ?

-          J’ai quelque chose à vous demander.

-          Si c’est par rapport à l’enquête, c’est non. Je vous ai viré de cette dernière, si vous voulez pas être viré tout court ne m’en parlez pas.

La technique d’intimidation du commissaire n’était pas très efficace.

-          Alors écoutez à votre tour, répondit-il. Je sais bien qu’avant-même que je ne découvre le corps de cette pauvre femme, vous étiez en train de comploter dans notre dos, vous et la préfecture de police.

-          Voyons, Jowd, mais qu’est-ce que vous racontez là ?

Ayant loupé son intimidation, le commissaire essayait de sympathiser pour rendre la conversation plus légère. Cela ne marchait pas avec Jowd.

-          Vous savez très bien de quoi je parle, reprit-il. Loana vous a bien demandé le portable de Dray hier, non ?

-          Eh bien, oui, mais…

-          Alors, vous lui avez bien dit que vous lui donneriez une fois les analyses finies, c’est bien ça ?

-          C’est exact…

-          Pourtant, elle n’a toujours pas reçu ce téléphone, ai-je tort ?

-          A quoi vous jouez, à la fin, Jowd ?

-          Laissez-moi finir. Hier, vous avez trouvé un superbe prétexte pour ne pas que Loana puisse enquêter dans le bureau de Dray : Stayn et moi étions déjà entrés dans ce dernier illégalement. Cependant, elle n’a absolument rien à voir avec ça et vous avez détourné l’autorisation aussi finement que possible. En plus du portable… Je trouve que ça fait déjà beaucoup, pas vous ? Vous n’avez pas tenu vos promesses envers une des dirigeantes de l’enquête. Vous enquêtez dans notre dos depuis le début, et c’est évident. Et maintenant, vous allez me dire pourquoi.

-          Vous n’avez aucun droit de me parler de cette affaire, Jowd. Dégagez.

-          Comme vous voulez, patron. Mais vous savez bien que j’ai des contacts dans la presse. Si jamais ils apprenaient que la préfecture et le commissaire ne tenaient pas leurs promesses…

-          Allez vous faire foutre !

Le commissaire redevenait rouge. Le moyen de pression qu’avait utilisé Jowd était cette fois la seule solution possible pour soutirer des informations. Bazil se leva, tourna le dos à Jowd et se tenait devant sa baie vitrée. Il reprit la parole.

-          Très bien, Jowd. J’espère que vous êtes content, mais sachez bien que vous ne me faites que perdre du temps.

-          C’est largement suffisant, marmonna-t-il.

-          Nous avons retrouvé un papier contenant des notes sur Benjamin Dray. Et si nous ne vous l’avons pas dit, c’est parce que celui-ci parlait d’une « taupe » dans ces notes. Vous savez, autrement dit, il avait cramé un flic en train de donner des informations à l’avocat contre lequel il plaidait dans sa dernière affaire. Et il s’avérait que celle-ci concernait le commissariat. Dommage qu’il n’ait pas noté le nom du flic en question.

-          C’est donc pour ça que vous avez enquêté dans notre dos, que vous n’avez pas voulu aider Loana dans son enquête ? Vous nous suspectez ?

-          Je n’en dirai pas plus. Maintenant, allez-vous en, j’ai du travail.

Jowd s’en alla sans dire un mot. Si le préfet avait été si distant dès le premier jour d’enquête, c’est simplement parce qu’il suspectait les inspecteurs du commissariat dont lui et Loana faisaient partie. Il les suspectait d’avoir pu être cette « taupe » que Benjamin Dray avait repéré. Et que pour assurer son avenir dans la police, cette même taupe aurait tué celui qui avait découvert la vérité sur lui. Depuis le début, Jowd était dans la ligne de mire de la préfecture, lui et son équipe. En tout cas, il était satisfait d’avoir pu aisément soutirer des informations à son supérieur. Ce dernier n’avait jamais été très résistant et il était surtout incroyablement paniqué quand on lui parlait des médias. Il y avait quand même quelque chose qui attirait la curiosité de Jowd : pourquoi Dray n’avait-il pas marqué le nom de celui qu’il voulait coincer dans ses notes ? Cela lui semblait plus qu’étrange. A moins qu’il n’en était pas sûr ? Même en tenant compte de cela, ça restait étrange. Il sortit du commissariat, constata qu’il pleuvait toujours. Il se rendit à la boulangerie la plus proche et prit deux sandwiches. Il revint au commissariat et se rendit dans le bureau de Loana. Elle était là, avec une mine fatiguée, à étudier le dossier des affaires de Dray.

-          Tiens, Jowd ! Dit-elle. Tu m’as apporté un sandwich, c’est parfait ! Tu n’es pas un peu en avance ?

Jowd consulta sa montre et constata qu’il n’était que dix heures du matin.

-          Effectivement. Je me suis dit que tant qu’à faire… Mais si tu as encore du travail, je ferais mieux de te laisser…

-          Non, non, ça va. Tu sais, après avoir étudié une bonne partie de la nuit les dossiers d’un procureur de 15 ans d’expérience, on aime bien avoir un peu de compagnie.

-          J’imagine, répondit-il en souriant. Alors, quoi de neuf ? Tu as trouvé quelque chose d’intéressant ?

-          Ouais, ça risque de te plaire. Le seul problème, c’est que j’ai toujours pas eu accès au téléphone portable de Dray et j’ai pas encore pu fouiller son bureau.

Jowd lui raconta ce qu’il venait d’apprendre par le biais du commissaire, et que c’était pour cette raison qu’elle n’avait pas encore eu accès à ses demandes.

-          Putain ! Souffla-t-elle. Ces enfoirés, depuis le début il nous surveillent !

-          Exactement. Il va falloir faire preuve de tact. Enfin, surtout moi. Ils ont certainement pris mon erreur comme prétexte pour diriger l’enquête.

-          C’est toujours bon à savoir, mais ça risque d’être compliqué si on a pas leur soutien.

-          On peut toujours essayer. D’autant plus que j’ai bien envie de savoir ce que tu as trouvé de ton côté.

-          Bien. Pour commencer, j’ai quand même réussi à prendre le dossier de l’affaire. Il y a plein de détails morbides sur la façon dont est mort Dray, mais c’est surtout la photo de la scène qui est intéressante ici. Regarde bien.

Il prit la photographie. On y voyait Dray attaché à un des piliers du panthéon avec une corde, et avec un impact de balle dans le front. Cette image le fit soudainement repenser au cauchemar qu’il avait fait. Il le rechassa de son esprit et se concentra sur l’image. Il n’y avait rien d’anormal, c’était bel et bien la scène qu’il avait vue quand il était arrivé sur les lieux très tôt la veille.

-          Bien, reprit-elle. Maintenant, regarde un peu celle-ci, dit-elle en lui tendant une deuxième image. Cette photographie a été prise il y a quelques mois, lors d’une ancienne affaire de Dray. Je dis ancienne parce que celle-ci a été classée, faute d’indices.

La photo représentait une femme attachée à un kiosque à journaux avec une corde, et un impact de balle en plein front, au même endroit que Dray. Jowd comprit où elle voulait en venir.

-          Trop gros pour être une coïncidence, dit-elle. Surtout que l’affaire que nous traitons et celle du kiosque à journaux ne sont séparées que de quelques mois. La position du corps, l’impact de balle, et le fait que Dray soit encore impliqué dans l’histoire…

Dray avait été le procureur d’une affaire où la scène de crime avait été assez originale, et quelques mois plus tard il avait lui-même été victime du même sort. Qu’est-ce que cela voulait dire ?

-          Passe-moi le dossier, dit Jowd qui se prit soudain d’un grand intérêt pour cette révélation. Le dossier de l’affaire dans laquelle Dray avait plaidé.

Elle s’exécuta, et il put constater que la victime qu’il avait vue attaché à un kiosque de journaux sur la photo s’appelait Marie Gordon. Et non, il ne se trompait certainement pas ; c’était bel et bien la sœur de Clara Gordon qu’il avait retrouvé morte la veille. Il commençait à s’embrouiller. C’était bel et bien une information de taille, mais ne savait pas comment l’utiliser pour trouver le coupable.

-          Pas mal, hein ? Dit-elle. J’y réfléchis depuis un bout de temps, mais je n’ai toujours pas compris le lien entre les deux affaires. Il y a trop d’éléments : Les deux morts identiques, le procureur qui se retrouve impliqué dans les deux affaires et qui avait un lien avec Clara Gordon, retrouvée assassinée et qui était elle-même la sœur de Marie Gordon ayant été la première victime. On s’y perd. Dire qu’un psycopathe arrive à nous jouer un tel tour…

La dernière phrase que venait de prononcer Loana résonnait dans la tête de Jowd. Le mot « psycopathe » lui mit la puce à l’oreille. Il commença à rassembler les informations.

-          Loana, a-t-on plus d’informations sur la vie privée que menait cette Marie Gordon ?

-          Selon le rapport, c’était une fille assez banale. Une trentaine d’années, elle était avocate comme sa sœur. Elle avait un petit ami.

-          Un petit ami, tu as dit ? Savons-nous son nom ?

-          Hmm… Je crois l’avoir vu tout à l’heure… Ouais, voilà : Steve Forch.

Jowd s’arrêta un instant. C’est ce qu’il avait pensé. Loana n’avait pas pu faire le lien parce qu’elle n’avait jamais entendu parler de Steve Forch. Elle savait seulement qu’il avait accusé quelqu’un à tort mais son nom n’avait pas été révélé pour pas qu’il ne soit mêlé aux médias : Ce dernier avait un moyen de pression important qui était le fric. Jowd se sentit coupable de ne pas lui en avoir fait part avant. Les pièces du puzzle commençaient à s’assembler. Jowd revoyait la scène. Forch avait violé puis tué la jeune Marie Gordon quelques mois auparavant, un simple crime crapuleux, et l’affaire avait été étouffée. Probablement parce qu’il avait donné un pot-de-vin au procureur de l’affaire, qui était Benjamin Dray. Plus tard, Forch sort avec sa sœur, Clara Gordon, sans que celle-ci ne se doute de rien. Mais Forch n’a pas tué cette dernière parce qu’elle le trompait avec Dray, non : il voulait simplement tuer Dray parce que celui-ci était le seul à savoir qu’il était le coupable du meurtre de Marie Gordon, et que ça commençait à lui peser. Jowd se dirigea vers la fenêtre du bureau et l’ouvrit. Il avait besoin d’un peu d’air. Dehors, il voyait deux enfants jouer sous la pluie, leur mère leur criant de faire attention à ne pas glisser. Il regardait les décorations de noël du magasin d’en face. Elles ne le consolaient pas. Après avoir respiré, il repensa à Forch. Celui-ci avait certainement appris que Dray s’était approché de Clara Gordon. A partir de ce moment-là, il a simplement cru que ce dernier voulait la mettre en garde contre lui. Il a donc décidé, ce soir-là, de les tuer tous les deux pour que le secret de son meurtre ne soit plus partagé. Effectivement, ils étaient tous les deux dans l’appartement de Clara Gordon ce soir-là, comme l’avait déduit Jowd la veille. Cependant il restait un problème ; Forch avait un alibi : il avait passé toute la soirée au bar et cela avait été confirmé. Mais Jowd ne s’en était pas rendu compte avant, Steve Forch était incroyablement riche – il tenait une entreprise, et avait très bien pu payer quelqu’un pour tuer Benjamin Dray et Clara Gordon sans se salir les mains et en ayant un alibi. Et ce quelqu’un qu’il avait payé, c’était la taupe que Dray avait pris en flagrant délit. Le vrai tueur engagé par Steve Forch avait donc lui aussi une bonne raison de tuer Benjamin Dray.

Tout s’était emboîté d’un seul coup dans la tête de Jowd, et tout semblait parfaitement logique. Steve Forch avait engagé un policier corrompu pour tuer Benjamin Dray, sachant que celui-ci avait lui aussi une raison suffisante de le faire.

-          J’y vais, dit Jowd. J’ai quelques trucs à faire. Merci, Loana.

Il partit sans attendre qu’elle ne lui réponde. Il sortit du commissariat, la pluie était cette fois très forte. Il n’était même pas midi mais le temps était si couvert qu’on aurait presque dit qu’il faisait nuit. Jowd prit sa voiture. Il avait une petite idée quant à l’identité de la taupe, et allait avoir sa confirmation.

 

Chapitre 6 :

Jowd se posa dans sa voiture. Il songeait qu’il aurait dû mettre un imperméable au lieu de son costume de travail, tout en finissant de manger son sandwhich. Il avait considérablement avancé dans l’affaire ; il était à présent presque certain que Steve Forch avait bel et bien engagé un policier pour tuer Benjamin Dray et Clara Gordon. Il avait aussi déduit, la veille, que la scène du crime pouvait être l’appartement de Gordon, et que le corps de Dray avait donc été déplacé jusqu’au Panthéon, avec la balle l’ayant tué. Si c’était vraiment ce qu’il s’était passé, Jowd n’avait pas encore de réponse à cette incohérence. Il allait devoir agir, à présent. Sans perdre de temps, avant que ce ne soit réellement trop tard. Il vit Frédéric Stayn sortir du commissariat à son tour, en imperméable. Il se dirigea vers la voiture de Jowd, ce dernier ouvrit la fenêtre pour pouvoir lui parler.

-          Qu’est-ce que vous fichez là, Jowd ? Vous êtes hors-service pour le moment, à ce que je sache.

-          Fermez-la un peu, Stayn. Vous avez trouvé quelque chose de relatif à l’affaire ?

-          Ah, désolé mon pote, mais moi je ne peux rien vous dire. Motus et bouche cousue aux personnes n’ayant rien à voir avec l’enquête, qu’ils ont dit.

Stayn en profitait, c’était évident. Il avait été couvert par Jowd et le commissaire, et avait le droit de continuer l’enquête, même s’il n’était pas à ses devants, tout comme Loana. C’est la préfecture de police qui menait le jeu à présent.

-          Je vois, répondit Jowd. Vous avez donc fini votre boulot, étant donné que je vous vois sortir du commissariat par un temps pareil.

-          Exactement, mec. Je rentre chez moi. Tu veux que je te dise, c’est pas comme si on pouvait trouver quelque chose sans qu’on nous permette de toucher quoi que ce soit. Alors en plus si on enquête sur nous, ça va pas le faire, j’vous le dit. Bref. A plus, Jowd.

Stayn repartit vers chez lui. Jowd savait qu’il habitait rue de Valence, qui se trouvait à une dizaine de minutes du commissariat en voiture. D’ailleurs, il se demandait pourquoi il n’avait pas proposé à Jowd de le raccompagner. De plus, il savait que Stayn devrait revenir au commissariat en fin de journée, vers 19 heures pour faire le rapport habituel au commissaire. Jowd retourna chez lui, et cette fois au troisième étage, dans son appartement. Celui-ci était déjà plongé dans le noir.

-          Temps de merde, dit-il en soupirant.

Il était fatigué, et se laissa tomber sur son canapé. Il réfléchit à tous les angles de l’affaire qu’il avait étudiés et tout ce qu’il avait trouvé jusqu’à maintenant. Il se redressa pour ne pas s’endormir, et prit un journal qui se trouvait sur sa table basse. La presse s’était, de toute évidence, jetée sur l’affaire Dray. Un gros article y était réservé, et il s’avérait que le préfet avait bien calmé le jeu durant sa conférence de presse ; il n’y avait pas non plus l’air d’y avoir de fuites dangereuses pour l’enquête. Benjamin Dray était un homme important, et plus importante la victime était, plus l’affaire l’était elle aussi. Les méthodes employées par Jowd n’avaient pas été rapportées, mais il savait qu’il avait tout intérêt à ne pas recommencer ce genre de choses. Il reconsidérait et réfléchissait à l’affaire en premier lieu. Il s’était rendu compte qu’il ne s’était probablement pas trompé par rapport à Steve Forch, mais avait tout de même été trop imprudent. Il revoyait ce dernier lui faisant remarquer avec un sourire narquois qu’il ne savait pas à qui il s’était attaqué. Quant lui, Stayn et Forch étaient arrivés dans l’appartement de Clara Gordon et qu’ils l’avaient retrouvée morte, Jowd avait frappé Steve et lui avait crié dessus qu’il était l’assassin. Celui-ci s’était relevé et avait lançé un regard haineux à Jowd : Il le connaissait, celui-là. C’était le regard d’un assassin.

Jowd reposa son journal. Il se demandait comment il allait faire pour continuer l’enquête à présent. Ce qui lui faisait le plus peur, c’était le manque de preuves. Et ce n’était pas en restant avec Loana au commissariat qu’il allait en trouver. Non, il allait devoir agir. Et pour cela, il devrait retrouver Steve Forch ou la taupe que celui-ci avait probablement engagé. Jowd préférait le deuxième choix qui lui paraissait moins risqué et surtout plus discret. Il se ralleonga et s’endormit. Quand il se réveilla, il eut l’impression de ne pas savoir où ni quand il était. Il reprit ses esprits, regardai l’heure. Il était déjà 18 heures passées. Il réfléchissait. Soudain, il sursauta. Il se rendit compte de quelque chose qui ne l’avait même pas frappé directement. Tout à l’heure, Stayn lui avait dit la chose suivante : Alors en plus si on enquête sur nous, ça va pas le faire, j’vous le dit. Autrement dit, celui-ci savait que la préfecture de police enquêtait sur les inspecteurs du commissariat, et donc il était au courant pour l’histoire de la taupe. C’était étrange. Loana n’en savait rien et le commissaire n’était pas censé le dire à qui que ce soit. Comment Stayn pouvait-il le savoir ? La réponse vint rapidement à Jowd. Stayn était la taupe que Benjamin Dray avait repéré. Le cœur de Jowd commençait à battre sérieusement. Il se rendit compte qu’il peut-être avait enquêté depuis le début avec un assassin, un type qui avait tué deux personnes sous les ordres d’un autre salaud. Jowd ne voulait pas y croire. Il eut la présence d’esprit de prendre un imperméable cette fois, avant de ressortir de chez lui et de prendre sa voiture. Il se rendit à la rue de Valence, et attendait que Stayn sorte de chez lui.

-          Et merde ! S’écria-t-il.

Son sang-froid avait disparu. S’il s’avérait que Stayn était vraiment le coupable, il devait et allait lui faire mordre la poussière. Il ne pouvait pas attendre d’avoir une preuve. Une fois de plus, son tempérament lui dit de se confier à son instinct. La pluie était encore plus forte que tout à l’heure, et le temps rendait une ambiance presque apocalyptique à la ville. L’orage avait déjà commencé. Les éclairs s’abattent au hasard, n’importe où. Jowd devait diriger son éclair pour qu’il s’abatte sur la bonne personne. Et cette fois, il ne laisserait rien le déstabiliser.

Il vit Stayn ressortir de chez lui, et décida d’attendre un peu et de voir ce qu’il allait faire. Il était assez loin de lui dans sa voiture banalisée et pouvait l’espionner. Stayn prit une voiture et commenca à rouler. Il l’avait probablement oubliée ce matin et c’est pour ça qu’il était venu à pied. Jowd décida de le suivre prudemment, en laissant un peu d’écart entre eux. Il ne voulait pas être repéré. Ils arrivèrent au carrefour qui donnait sur les troies rues Monge, Mouffetard et Claude Bernard. Normalement il devait prendre Claude Bernard pour se rendre au commissariat, mais il passa par Monge. Jowd se demandait où il se rendait, et son adrénaline augmentait. Il continuait à le suivre.

Cela faisait déjà presque vingt minutes qu’il le suivait assez prudemment pour que ce dernier ne s’en rende pas compte. Ils étaient déjà arrivés au 15ème arrondissement de Paris, où se trouvaient la plupart des entreprises de grandes chaînes. Stayn s’arrêta finalement dans une rue étroite dont Jowd ne pensa pas à lire le nom. Il s’arrêta aussi et le suivit encore plus discrètement à pied. Finalement, il le vit tourner au bout de cette même rue. Il vit alors qu’il se tenait sur une grande surface herbeuse, entourée de grands bâtiments. L’endroit était désert. Le vent soufflait de plus en plus fort, la pluie tombait à grosses gouttes et l’orage frappait violemment dans toute la ville. Il faisait déjà nuit. Jowd jetait un œil à l’étendue d’herbe sur laquelle il venait de mettre un pas. L’herbe bougeait au rythme du vent. Jowd apperçevait la silhouette de Stayn qui avançait sur la surface, certainement pour se rendre à l’entreprise qui se tenait juste en face. Jowd reconnut son nom ; c’était bel et bien l’entreprise de Steve Forch. Il devait intervenir. Il courrut vers Stayn, en sortant son revolver et lui cria dessus pour qu’il se retourne. Stayn paraissait surpris de le voir. Ils étaient maintenant face à face, espacés d’environ cinq mètres autour de cette ambiance apocalyptique offerte par le temps.

-          Stayn, je sais ce que vous allez faire. Vous allez chercher votre prime pour avoir tué Clara Gordon et Benjamin Dray. Mais n’y allez pas, c’est forcément un piège qui vous attend. Dès que Steve vous verra, il vous tuera.

-          Tiens, Jowd. Alors comme ça, on suit ses collègues de bureau ? C’est une mauvaise manie. Mais, qu’est-ce que vous me racontez là ? Vous m’accusez de meurtre ?

-          C’est exact. Vous vous êtes trahi tout à l’heure en disant quelque chose que vous n’étiez pas sensé savoir. A part si vous étiez la taupe que recherchait la préfecture, évidemment.

-          Moi, une taupe ? Haha ! Voyons, Jowd… Vous avez perdu la tête ? Répondit celui-ci calmement, avec un large sourire aux lèvres, comme si rien ne l’affectait.

Maintenant, Jowd était certain que c’était lui le coupable. Depuis le début. Il pointa fermement son arme sur lui. Le vent était de plus en plus fort.

-          Parfaitement, espèce d’enfoiré. Et Benjamin Dray vous avait cramé, c’est pour ça que vous l’avez tué. En plus d’une petite récompense d’un autre type qui avait ses raisons de le buter, comme par exemple Steve Forch.

-          Quel scénario ! Steve Forch m’aurait donc engagé pour commettre ce crime… J’admets que si j’étais cette « taupe » dont vous me parlez, ç’aurait été possible. Mais alors quoi, comment j’aurais fait pour tuer cette nana et Dray ?

-          Vous êtes tout simplement venu chez Clara Gordon, suivant les indications de Forch qui sortait avec elle. Il savait que Dray était chez elle et que c’était pour ça qu’elle l’avait viré et qu’il avait dû passer la soirée au bar. Vous êtes donc entré et avez accompli votre boulot en tuant à la fois Clara Gordon et Benjamin Dray.

-          Merde alors ! Vous avez donc oublié qu’on a retrouvé le corps de Dray au panthéon, mec ?

-          Pas du tout. Vous l’avez apporté au Panthéon, avec la balle qui l’avait tué, depuis l’appartement de Clara. En voiture, bien entendu. Et vous avez attaché ce dernier au Panthéon pour faire croire que c’était la vraie scène du crime, car sinon la balle n’aurait certainement pas collé avec la position du corps à terre. En plus, ça vous permettait de faire passer la chose pour un acte psycopathe. Si vous vous êtes fait chier à bouger le corps, ce n’était pas pour rien ; Steve vous avait bien dit de faire le mieux possible pour qu’on ne fasse pas de lien entre lui et Dray, et vous l’avez donc viré de l’appartement de sa « copine ». Il s’occuperait du reste en faisant exactement comme avec vous : en payant et en menaçant pour garder le secret. Il a peut-être même déjà corrompu le préfet que ça ne m’étonnerait pas. Cependant c’est là que vous avez merdé : Sans vous en rendre compte vous avez reproduit la scène du crime de Marie Gordon, qui avait été attachée à un kiosque, et j’ai donc pu faire le lien.

-          Putain, vous êtes vraiment un grand malade, répondit-il. Même si votre scénario se tient… Vous n’avez aucune preuve de ma culpabilité. Et dans ce cas vous n’avez aucun droit de me retenir ici. Foutez le camp, Jowd !

-          Non, je ne vais pas foutre le camp, Stayn. Vous êtes un assassin et là, vous courez droit à votre mort. Steve va seulement vouloir vous faire taire. Ne sous-estimez pas son pouvoir. C’est vous qui allez monter dans ma voiture.

-          Puisque je vous dis que vous n’avez aucune preuve…

-          Vous l’avez prise dans les notes de Dray sur son bureau pendant qu’on s’y était introduit, sans que je m’en rende compte. Il avait forcément noté votre nom quelque part, et vous avez pris cette note. En fait, vous avez prétexté ne pas vouloir venir à son bureau la première fois, mais c’était seulement pour jouer double-jeu et que je ne vous supecte pas. En fait, il fallait que vous y alliez avant que les flics n’y trouvent des informations sur vous. Je vous ai même aidé dans votre tâche sans m’en rendre compte.

Jowd jeta un œil à l’imperméable de Stayn. On pouvait voir qu’il portait une chemise en dessous. Il manquait un bouton à celle-ci.

-          Voilà ma preuve, reprit-il. J’suis sûr que le bouton que tenait Dray dans sa main quand on l’a retrouvé mort appartient à votre veste, n’est-ce pas ?

Le visage de Stayn se crispa. Il y eut une grande bourrasque de vent, juste à ce moment-là. Il mit la main dans sa veste et en sortit son arme. Avant même que Jowd n’ait eu le temps de réagir, il lui avait tiré dessus. Jowd avait été touché à l’épaule.

-          Alors, connard ? Cria Stayn. Qu’est-ce que ça fait ? J’ai déjà tué, moi ! Tu voulais savoir si j’avais des couilles ? Parfait ! Je vais te le prouver en te logeant une balle dans le crâne, et tu vas la sentir passer, celle-là !

Stayn s’approcha de Jowd qui ressentait une douleur incomparable. Il était maintenant juste en face de lui. C’était sa dernière chance, et il devait esquiver la douleur : Jowd prit son revolver avec ses dernières forces et logea une balle dans le front de Stayn avant même que celui-ci ne puisse appuyer sur la détente. Il l’avait tué. Il referma les yeux, puis entendit des voix. Il avait l’impression de refaire ce rêve dérangeant du matin-même. La musique de jazz revenait lentement, comme un soupir. Il se voyait dans le noir, en train de regarder son propre reflet. Dans un miroir ? Peut-être bien. La musique de jazz s’arrêta et il remonta vers la lumière, à la surface. Il avait quitté les ténèbres dans lesquels il était plongé.

Finalement, il se réveilla sur un lit d’hôpital, et reprit vite sa conscience..

L’affaire fut réglée quelques jours plus tard. L’enquête était en cours, mais il y avait de fortes chances que Steve Forch y passe au tribunal. Jowd avait déjà joué sa dernière carte, tiré sa dernière munition. Il avait survécu à cette affaire et avait tué le méchant. Il n’allait pas être viré de la police pour cet acte, on l’avait aidé pour qu’il reste. Loana se tenait à côté de lui, dans sa chambre d’hôpital.

-          Tu as encore été trop impulsif, dit-elle.

-          Je sais… J’aurais peut-être dû prendre des renforts. Et finalement, j’ai tué un homme.

-          C’était soit lui, soit toi, Enzo. Et tu le sais. Tu as résolu cette affaire, laisse-moi m’occuper du reste. Des procureurs et des inspecteurs que je connais vont faire craquer Forch.

Jowd sourit, et acquiesca. Il regarda par la fenêtre.

Le beau temps était revenu.

Bienvenue !

Bonjour à tous !

J’ai déjà fait quelques blogs quand j’étais plus jeune, et j’ai donc une certaine expérience en la chose, même si ça fait quand même relativement longtemps que je ne me suis plus occupé de ce genre de choses. Et là, aujourd’hui-même, en écoutant l’ost de Death Note, l’envie m’a quelque peu repris, ou alors peut-être est-ce juste le temps de passer mon ennui de ce samedi après-midi.

Bref; rentrons dans le vif du sujet pour éviter de vous faire perdre du temps, même si vous n’avez probablement rien de mieux à faire que moi, messieurs/mesdames les internautes. Voici donc mes centres d’intérêts, les choses dont je parlerai sans doute sur ce blog :

- Les Mangas
- Les films
- Les jeux vidéos
- Les romans

Oui… Des centres d’intérêts plutôt communs à des jeunes geeks encore en période de croissance, me direz-vous. Bah après tout, chacun sa vision des choses.
Mais quand même, notez que j’ai fait de mon mieux pour donner un espace assez conséquent dans lequel la plupart des internautes seront intéressés, je pense. Après, libre à vous de me lire ou non, bien entendu.

Autant vous prévenir, ce blog sera assez modeste : Je pense faire la plupart du temps des critiques diverses, surtout en mangas et en jeux vidéos, ou même de sujets divers de la vie de tous les jours, et peut-être quelques fois des notes accompagnées d’images ou non. Bref si vous cherchez de la grosse actu, ce n’est pas vraiment ici qu’il faut aller… Vous aurez compris j’imagine.

Bien, maintenant que je me suis présenté (au minimum, l’anonymat a tendance à ne plus être respecté aujourd’hui), et que j’ai explicité rapidement et subtilement les enjeux (ou pas) de ce nouveau blog, je vous souhaite la bienvenue ! J’espère que je continuerai ce blog tant que possible, même si le travail a tendance à me rattraper.
Je ferai peut-être une première critique dans l’après-midi (d’ailleurs la plupart d’entre elles seront certainement improvisées, enfin comme ce message de présentation).




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